Bis repetita placent ?

Ce quatri√®me et dernier jour commence avec un arc-en-ciel au-dessus du Park, alors qu’il n’a pas plu depuis vendredi. Les plus spirituels y voient un signe.

Pour la derni√®re fois, notre cort√®ge p√©n√®tre √† l’int√©rieur de la b√Ętisse blanche. Une certaine familiarit√© s’est install√©e entre les participants. On se sourit plus volontiers, on √©change des clins d’Ňďil. Joel, le responsable de Graceland Holdings, nous accueille et nous annonce que la prochaine Celebration aura lieu dans un an, du 19 au 22 avril. Je prends la temp√©rature autour de moi¬†: les Am√©ricains sont aux anges¬†; le couple d’Australiens qui se trouve √† ma droite ne rempilera pas tout de suite. ¬ę¬†Dans cinq ans peut-√™tre¬†!¬†¬Ľ me dit ma voisine.

Pour la derni√®re fois, Damaris s’avance, gracile, sur l’avant-sc√®ne. De plus en plus √† l’aise dans son r√īle de ¬ę¬†motivational speaker¬ę¬†, elle souhaite √©voquer avec nous trois mots¬†:

Bizarre (weird)¬†: ¬ę¬†rien n’est bizarre. Si on vous dit un jour que vous l’√™tes, c’est que votre interlocuteur ne vous comprend pas. Et en ce cas, remerciez-le. C’est une autre mani√®re pour lui de vous dire que vous √™tes diff√©rent. Comme Prince l’√©tait¬†: il a v√©cu ‘au rythme de son propre tambour'¬†¬Ľ (traduction litt√©rale d’une expression que l’on pourrait traduire par ¬ę¬†il a toujours trac√© sa route¬†¬Ľ).

Grandir (growth)¬†:¬†¬Ľm√™me lorsqu’on a l’impression d’√™tre dans une orni√®re, en r√©alit√© on continue de grandir. On ne peut pas se d√©velopper sans parfois se retrouver bloqu√©.¬†¬Ľ (On pense ici √† la lutte qui opposa Prince √† Warner dans les ann√©es 90, ces ¬ę¬†ann√©es de frictions¬†¬Ľ.)

Perfection (perfect)¬†: ¬ę¬†nous sommes tous parfaits. Les d√©fauts n’existent pas. Lorsque nous avan√ßons dans la vie, nous am√©liorons notre perfection¬†¬Ľ.

Pour la premi√®re fois, le visage de certains des participants se colore d’un petit rictus sardonique‚Ķ Damaris nous livre ensuite une recommandation plus imm√©diate et terre √† terre (et donc bienvenue)¬†: ¬ę¬†Never stop the purple party¬ę¬†.

Fine bouche

Avant de nous quitter, l’ancienne danseuse de Prince nous annonce que le concert qui s’appr√™te √† √™tre projet√© devant nous est celui du Tokyo Dome, donn√© le 31 ao√Ľt 1990 dans le cadre du Nude Tour. Et l√†, comme une train√©e de poudre, la phrase ¬ę¬†mais j’lai d√©j√† vu¬†¬Ľ, prononc√©e en une dizaine de langues √©trang√®res, se r√©pand dans toute la salle. Car oui, ce concert tournait en bootleg d√®s le d√©but des ann√©es 90, m√™me √† Paris‚Ķ Et deux clics de souris sur Google suffisent aujourd’hui pour le visionner.

On ne s’attardera donc pas sur cette prestation, d’un int√©r√™t tout relatif, comme malheureusement la plupart des dates de cette tourn√©e tiroir-caisse peu inspir√©e (ceux pr√©sents au Parc des Princes peuvent en attester). √áa joue tr√®s bien (vive Michael B), les titres s’encha√ģnent avec souplesse (The Future, Rock to the F.L.O.W. 1999, Housequake, Kiss, Sexy Dancer), la lumi√®re est sur Prince et rien que sur Prince, les interactions avec le public sont minimales et les gesticulations des Game Boyz vous plongent dans des affres de perplexit√©. Bref, le Nude Tour. Fort heureusement un Bambi g√©n√©reux vient sortir la salle de sa torpeur dominicale. Et juste apr√®s le d√©but d’Alphabet Street, l’√©cran devient brusquement noir. Les applaudissements sont moins nourris que d’habitude¬†; les participants semblent faire la fine bouche… (On devrait sans doute s’en vouloir d’√™tre aussi difficile¬†; on pense au passage du livre de Raphy, Purple Fam, sur la gageure toujours plus grande qui consiste √† satisfaire les fans de Prince les plus investis‚Ķ)

One day my Prince will come

L’avant-dernier panel de cette Celebration r√©unit, toujours autour de Jim – le journaliste de The Current d√©sormais habitu√© des lieux -, Kip Blackshire, Shelby J et Donna Grantis.

Jim demande aux panélistes comment ils ont rencontré Prince. Les trois histoires qui vont nous être narrées démontrent à quel point Prince, dans la deuxième partie de sa carrière, était devenu un mentor, un guide.

Kip r√©pond en premier. Il rencontre Prince en 1999, dans des circonstances assez singuli√®res. Le 21 juin, Santana se produit √† Minneapolis. Apr√®s le concert, Prince le convie √† venir jouer avec lui √† Paisley Park. Morris, qui conna√ģt bien Kip, lui propose de venir. Avant le d√©but du bŇďuf, Kip s’empare d’un ballon de basket qui tra√ģne sur la bordure du petit terrain situ√© √† c√īt√© du Soundstage. Il fait quelques lancers‚Ķ Prince l’aper√ßoit, le regarde jouer mais ne dit rien. Quelques jours plus tard, Morris appelle Kip. ¬ę¬†Prince veut que tu viennes √† Paisley Park pour faire une partie de basket avec nous¬ę¬†. Kip ne se fait pas prier. Arriv√© au Park, Prince est d√©j√† sur le terrain, occup√© √† nouer ses baskets. Il se rel√®ve, regarde Kip avec un air de d√©fi et lui jette √† la figure un jersey NPG‚Ķ Kip l’enfile et se redresse. Prince lui fait face et lui lance le ballon sans m√©nagement , directement dans l’estomac. On a les images du sketch de David Chapelle √† l’esprit, forc√©ment. Game on‚Ķ Apr√®s le match, Kip va se doucher et en sortant de la salle de bains, il commence √† chantonner. Alors qu’il s’appr√™te √† quitter le Park, Morris lui dit qu’il peut rester pour la r√©p√©tition qui va commencer. Kip se fait tout petit, √©coute et observe. Au bout de quelques titres, Prince lui dit¬†: ¬ę¬†je t’ai entendu chanter tout √† l’heure¬†; voyons ce que tu sais faire. Tu connais Little Red Corvette¬†?¬†¬Ľ Kip r√©pond que non, qu’il a √©t√© √©lev√© par des parents qui n’√©coutent que du gospel et que Prince √©tait interdit √† la maison (comme pour D’Angelo et Questlove d’ailleurs‚Ķ). Prince le regarde, lui tend les paroles de la chanson et lui dit en souriant¬†: ¬ę¬†√ßa devrait √™tre marrant¬†¬Ľ‚Ķ Kip passa le test. Il joua pendant deux ann√©es avec Prince et sa mouture du NPG d’alors‚Ķ

D√©cid√©ment, Prince employait des m√©thodes assez particuli√®res pour tester la capacit√© de r√©silience d’un collaborateur potentiel‚Ķ

C’est au tour de Shelby d’√©voquer son ¬ę¬†origin story¬†¬Ľ √† elle. Avant de rencontrer Prince, elle √©tait choriste (notamment sur la tourn√©e ¬ę¬†Voodoo¬†¬Ľ de D’Angelo). Son fr√®re l’appelle un soir pour lui dire que Larry Graham recherche une chanteuse pour un seul et unique concert. Pas b√©gueule, Shelby accepte. On la fait venir √† Las Vegas pour des r√©p√©titions (le concert avait lieu au Rio, dans le cadre de la r√©sidence 3121). Pendant la balance, Shelby commence √† chanter Higher Ground. Tout √† coup, une voix grave se fait entendre du fond de la salle¬†: ¬ę¬†chante-la √† nouveau¬†¬Ľ. Elle s’ex√©cute avec application et ferveur. √Ä la fin de chanson, Larry la regarde avec affection et lui dit¬†: ¬ę¬†je crois que tu viens de passer ton audition¬ę¬†. Prince s’avance alors vers elle. ¬ę¬†On avait l’impression qu’il ne marchait pas mais qu’il flottait¬†¬Ľ dit en riant Shelby. Il s’adresse √† elle¬†: ¬ę¬†tu es une grande chanteuse¬†¬Ľ. Le concert de Larry Graham commence quelques heures plus tard. Au milieu du titre de Tina Turner ¬ę¬†I Can’t Stand The Rain¬ę¬†, la foule explose. Shelby pense un instant que c’est √† cause de sa prestation (¬ę¬†je suis trop cool !¬†¬Ľ se dit-elle alors) mais en fait c’est Prince qui vient d’arriver sur sc√®ne‚Ķ! Shelby se retrouve √† partager le micro avec lui‚Ķ Et la seule pens√©e qui lui vient √† l’esprit √† cet instant est¬†: ¬ę¬†oh mon Dieu, mon haleine‚Ķ Qu’est-ce que j’ai mang√© √† midi moi d√©j√† ?!¬†¬Ľ. La salle rit de bon cŇďur.

Shelby retourne ensuite chez elle en Caroline du Nord, extatique. Quelques jours plus tard, elle re√ßoit un appel d’un des assistants de Prince. ¬ę¬†Prince souhaiterait que vous vous rendiez √† Paisley Park d√®s demain matin et que d’ici l√†, vous ayez appris quelques chansons.¬†¬Ľ

Shelby s’ex√©cute. Elle passe la nuit et le trajet en avion qui l’am√®ne √† Minneapolis les √©couteurs de son Ipod enfonc√©s dans les oreilles pour apprendre ces titres (au nombre desquelles figure Baby Love). Arriv√©e au Park, on lui demande de monter sur sc√®ne sans attendre. Prince veut s’assurer ¬ę¬†qu’elle a bien fait ses devoirs¬†¬Ľ. C’est le cas et Prince lui demande alors de participer au concert qu’il organise pour le 31 d√©cembre 2006. Le concert se passe tr√®s bien (¬ę¬†fantastic gig¬†¬Ľ pour reprendre l’expression de la toujours enthousiaste Shelby J) et Prince lui dit juste apr√®s¬†: ¬ę¬†je te veux dans mon groupe¬†¬Ľ. Et ce que Prince veut‚Ķ D√®s le premier janvier, les r√©p√©titions commen√ßaient pour le concert de la mi-temps du Super Bowl, avec Shelby J. Morale de cette histoire selon elle¬†: ¬ę¬†il faut travailler dur¬†; la chance sourit √† ceux qui sont pr√©par√©s¬ę¬†. Elle cl√īt son intervention par un ¬ę¬†avec ce concert, je suis devenue pourpre¬†¬Ľ qui lui vaut les applaudissements nourris des fans.

Le fait du Prince

C’est Donna qui ferme la marche. Personnalit√© int√©ressante que celle de Donna Grantis, dont le jeu de guitare particulier n’a pas r√©ussi √† convaincre tous les fans de Prince, loin s’en faut‚Ķ Tr√®s timide, visiblement tr√®s √©mue d’√™tre l√†, elle semble encore profond√©ment affect√©e par la disparition de Prince. Elle porte un regard tr√®s d√©f√©rent et admiratif sur lui. L’√©motion est de toute √©vidence sinc√®re.

Donna se reprend, apr√®s avoir failli flancher. Elle se souvient de sa premi√®re prestation publique avec Prince¬†: Bambi et Screwdriver, jou√©s pour le Tonight Show de Jimmy Fallon. Elle nous parle de l’alchimie entre Prince et 3rd Eye Girl, de l’√©nergie de ce quatuor, de l’attachement de Prince √† ce projet. De la pression aussi… Elle √©voque ensuite son parcours. Juste avant de rejoindre le premier cercle, Donna √©tait membre d’un trio de jazz fusion et musicienne de studio freelance (session player). Elle cachetonnait en somme‚Ķ Pour √™tre plus visible, elle avait mis en ligne sur Youtube deux vid√©os de ses prestations¬†: une reprise de Stratus de Billy Cobham et Electra, une composition originale qui servira de base au titre Plectrum Electrum des 3rd Eye Girl.

Or, Prince, encore et toujours √† la recherche de sa prochaine esth√©tique, avait demand√© √† Hannah Ford et son futur mari Joshua Welton de d√©nicher des nouveaux talents sur le net. C’est ainsi que Donna fut rep√©r√©e.

Un soir, donc, de mani√®re compl√®tement inattendue, Donna re√ßoit un email¬†: ¬ę¬†vous √™tes invit√©e √† un bŇďuf √† Paisley Park¬†; merci de nous faire part de votre r√©ponse¬†¬Ľ. Donna croit dans un premier temps √† un canular mais finit par se convaincre que cet email est bien r√©el. Elle y r√©pond. L’email fut suivi d’un coup de t√©l√©phone. Et le coup de t√©l√©phone d’un aller-simple pour Minneapolis. Donna nous confie que jouer pour Prince √©tait un r√™ve. Elle en pleure. Avant son arriv√©e, on lui avait demand√© d’apprendre quatre titres¬†: Purple Rain, Cause And Effect, F.U.N.K. et Endorphine Machine. √Ä peine arriv√©e au Park, on lui demande de rejoindre Ida et Hannah en salle de r√©p√©titions¬†; elles commencent √† jouer ces quatre titres. D’autres suivirent. Beaucoup. Du mois de novembre 2012 au mois de mars 2013, les trois musiciennes jouent sans discontinuer¬†: ¬ę¬†r√©p√©ter, transcrire et improviser¬†; c’est tout ce que nous avons fait pendant cinq mois. Nous pr√©parions notre passage au Tonight Show‚Ķ¬†¬Ľ

La question suivante de Jim porte sur la signification du nom ¬ę¬†3rd Eye Girl¬†¬Ľ¬†: ¬ę¬†nous ne savions pas de quoi il s’agissait nous-m√™me¬†; √©tait-ce Prince¬†? Nous¬†? Un simple dessin¬†? Un bootlegger ? Une de nous trois¬†? On √©tait dans le flou le plus complet. Et puis, le soir du Tonight Show, on entend Jimmy Fallon annoncer¬†: ‘Ladies & Gentlemen, please welcome 3rd Eye Girl’. C’√©tait nous quatre !¬†¬Ľ On ressent la m√™me excitation qui a d√Ľ √™tre la sienne ce jour-l√†.

Jouer, encore et encore

Jim souhaite alors que les trois invit√©s s’expriment sur leur exp√©rience sur sc√®ne au c√īt√© de Prince.

Shelby prend la parole et parle √† nouveau du Super Bowl. Elle s’attarde sur la fa√ßon dont Prince a choisi les chansons¬†: ¬ę¬†il voulait cr√©er une exp√©rience, un choc pour le public. C’√©tait le plus important pour lui et c’est pour cela qu’il a d√©cid√© de jouer Proud Mary, The Best Of You, ainsi que ses titres les plus embl√©matiques.¬†¬Ľ Elle ajoute que selon elle, Prince jouait les titres des autres mieux que ces derniers. Apr√®s une semaine de r√©p√©titions intensives, on annonce une pluie diluvienne le soir du concert. Prince resta calme : ¬ę¬†pour lui c’√©tait un effet sp√©cial gratuit¬†¬Ľ. Il remercia profus√©ment le groupe √† la fin du concert, qui se d√©roula, selon Shelby, ¬ę¬†exactement comme il l’avait pr√©vu¬†¬Ľ‚Ķ Un moment qui passa ¬ę¬†√† toute allure¬†¬Ľ, inoubliable pour Shelby J‚Ķ L’hagiographie princi√®re tourne √† plein. √Ä raison, tant il est vrai que cette prestation d√©montre la ma√ģtrise, la versatilit√© et le sens du spectacle de Prince.

Kip lui confie √† quel point il est doux-amer de jouer sa musique sans lui‚Ķ Mais c’est aussi exaltant ¬ę¬†car nous ressentons ainsi son √©nergie¬ę¬†. Kip s’arr√™te avant d’avoir fini sa phrase et s’effondre en sanglots. Un silence empathique enveloppe la salle. Il reprend¬†: ¬ę¬†il allait √† la rencontre des musiciens avec lesquels il jouait¬†; comme Miles Davis. J’ai envie de continuer cette culture de l’√©change avec d’autres musiciens.¬†¬Ľ

Shelby J d√©veloppe cette id√©e¬†: ¬ę¬†il √©tait en √©volution constante. Il ne se reposait jamais sur ses lauriers. C’√©tait un collectionneur d’√©nergies, d’√Ęmes.¬†¬Ľ Et c’est √† son retour de faire √©cho au leitmotiv de cette Celebration¬†: ¬ę¬†il parvenait √† trouver chez les autres ce qu’ils ignoraient poss√©der¬†¬Ľ. Cette capacit√© √† r√©v√©ler le potentiel cach√© de son entourage constitue d√©finitivement un aspect essentiel de sa personnalit√©, un signe de son g√©nie. Shelby poursuit¬†: ¬ę¬†il √©tait libre et sans peur¬†¬Ľ.

Donna explique quant √† elle qu’elle a eu la chance de jouer avec Prince √† la fois dans un tout petit groupe et dans la plus grande formation de sa carri√®re. ¬ę¬†3rd Eye Girl √©tait un lieu d’improvisation au sein duquel chaque musicienne √©tait une soliste. Le NPG version ¬ę¬†big band¬†¬Ľ (celui qui joua les deux premiers soirs de son dernier passage √† Montreux) n√©cessitait que la musique soit plus arrang√©e. Et dans ce cadre, il a d√©montr√© qu’il √©tait un chef d’orchestre de premier ordre (a ¬ę¬†master band leader¬ę¬†), √† l’image d’un Duke Ellington¬ę¬†. √Ä cet √©gard, Donna veut mettre en lumi√®re ¬ę¬†la gr√Ęce avec laquelle il partageait la sc√®ne.¬†¬Ľ Kip confirme¬†: ¬ę¬†il √©tait toujours enthousiaste √† l’id√©e de tirer le meilleur des gens¬†¬Ľ. ¬ę¬†Oui¬†¬Ľ compl√®te Shelby J, ¬ę¬†il √©tait g√©n√©reux avec la lumi√®re qui √©manait de lui. Il nous demandait de toujours donner le meilleur de nous-m√™me¬†; il instillait en nous la confiance en soi qui √©tait la sienne. Il avait cette capacit√© √† voir la grandeur qui √©tait la v√ītre avant m√™me que vous ne la voyiez.¬†¬Ľ

Jim d√©veloppe cette id√©e¬†: ¬ę¬†Prince s’entourait toujours de musiciens plus jeunes que lui. Consid√©rez-vous que Prince √©tait un mentor¬†¬Ľ¬†?

Shelby approuve sans r√©serve¬†: ¬ę¬†Prince √©tait un professeur. Pas simplement de musique d’ailleurs. Il me dit un jour¬†: ‘je te pr√©pare pour ta carri√®re solo. Tu dois comprendre non seulement la musique mais √©galement l’√©dition, la propri√©t√© intellectuelle, la production’‚Ķ C’√©tait un guide pour moi, un phare. Il l’est encore aujourd’hui. Face √† une difficult√©, je me pose souvent la question¬†: que ferait Prince √† ma place¬†? Il √©tait extr√™mement intelligent et cultiv√©.¬†¬Ľ

Donna confirme¬†: ¬ę¬†j’ai tellement appris musicalement √† son contact. C’est un exemple pour moi. C’√©tait un esprit ind√©pendant qui m’influence encore. Ce que je retiens plus que tout le reste, c’est qu’en tant qu’artiste, il est n√©cessaire d’avoir une vision cr√©atrice. Et qu’il convient de refl√©ter cette vision dans tous les aspects de votre activit√©…Je m’efforce d’appliquer ce principe √† mon tour¬†¬Ľ (On remarquera d’ailleurs lors du concert qui cl√īturera cette journ√©e que sur chaque touche de sa guitare, entre chaque frette, elle a fait dessiner la silhouette d’un oiseau noir, hommage inspir√© au ¬ę¬†love symbol¬†¬Ľ qui ornait les guitares lyres de Prince.)

C’est sur cette note que s’ach√®ve ce panel aussi riche en enseignements qu’en √©motions.

Le dernier repas

Il est temps pour mon groupe de rejoindre la tente blanche et d’y d√©jeuner. L’occasion pour nous de saluer Morris Hayes, Levi Seacer, Tommy Barbarella et deux des trois Game Boyz (l’absence de Kirky J n’est sans doute pas un hasard). Et, au d√©tour d’une conversation avec Mr Hayes, d’apprendre que le NPG se d√©placera pour une s√©rie de concerts en Europe, y compris √† Paris. √Ä l’aune de la qualit√© de celui auquel nous allons assister dans quelques heures, il ne faudra les manquer sous aucun pr√©texte. C’est aussi le temps des adieux. Mes compagnons d’odyss√©e me donnent leur adresse email¬†; j’en fais de m√™me.

Prince : live

Le concert de fin approche. En attendant, on nous demande de nous installer dans le NPG Music Club, une plus petite salle de concert qui jouxte le Soundstage. Nous y attend un certain Scott, ing√©nieur du son qui a travaill√© pour Prince en tant que responsable son (sound manager) du Park pendant quelques ann√©es. Il nous demande d’accueillir deux v√©t√©rans, Robert ¬ę¬†Cubby¬†¬Ľ Colby (en charge du son des concerts de Prince pendant des ann√©es) et le fr√®re de Bobby Z, David ¬ę¬†Z¬†¬Ľ Rivkin, producteur et ing√©nieur du son dont le nom est bien connu des fans avides des informations figurant au dos des couvertures des disques de Prince (un sosie de son fr√®re, bandeau de pirates et mains rouges et boursouffl√©es en plus)‚Ķ

Scott commence par leur demander ce qu’ils faisaient dans leur vie professionnelle au moment o√Ļ Prince leur proposa de travailler pour lui.

C’est Cubby qui prend la parole en premier. ¬ę¬†Je travaillais √† Chicago et venais de terminer d’accompagner un musicien sur sa tourn√©e [on ne saura pas de qu’il il s’agit]. Je ne connaissais pas Prince. Un membre du staff de Prince me contacte en me disant que Prince souhaiterait que je travaille pour lui sur sa prochaine tourn√©e. Intrigu√©, j’accepte de venir √† Minneapolis. Arriv√© sur place, on m’indique qu’il joue le soir m√™me √† l’Armory [gigantesque complexe musical et sportif o√Ļ Prince a notamment enregistr√© le clip de 1999]. Je me d√©place jusqu’√† la salle. Et l√†, je le vois au travail, en pleine balance. Il passe d’un instrument √† l’autre, r√®gle tous les sons seul, avec minutie. √áa m’a fascin√©. Je n’avais jamais vu quelque chose de pareil. Il n’√©tait pas en train de frimer. Il s’occupait juste du son pour le concert. C’√©tait normal pour lui. Je suis devenu accro d√®s cet instant.¬†¬Ľ

David Z lui nous explique qu’il √©tait au c√īt√© de Prince depuis le d√©but. Il travaillait dans un studio au nord de Minneapolis et il a vu d√©barquer un jour le ¬ę¬†wonder kid¬†¬Ľ qui venait enregistrer ses premi√®res d√©mos. ¬ę¬†D√®s cette √©poque, il √©tait l√† o√Ļ personne ne l’attendait. Sa musique √©tait inspir√©e par le RnB, mais il utilisait des progressions harmoniques, des suites d’accord compl√®tement personnelles, qui ne ressemblaient √† rien d’autre. C’√©tait assez fascinant.¬†¬Ľ David nous raconte ensuite la participation de Prince √† l’album 94 East, sur lequel Prince posa ses guitares. ¬ę¬†Tout le monde √©tait impressionn√© par sa ma√ģtrise¬†¬Ľ.

Viennent ensuite les discussions avec Warner pour son premier contrat. La d√©mo de quatre ou cinq chansons (David Z nous avoue humblement que sa contribution se limita √† quelques conseils donn√©s √† Prince pour mieux placer sa voix) qui leur avait √©t√© adress√©e les avaient laiss√©s sceptiques. ¬ę¬†Ils ne pouvaient pas croire que Prince soit seul derri√®re tous ces instruments. Les producteurs √©taient tellement incr√©dules qu’ils demand√®rent √† voir Prince composer et enregistrer une chanson seul devant eux avant de se prononcer. Prince s’ex√©cuta. Les responsables du label rest√®rent sans voix.¬†¬Ľ

Cubby continue √† nous faire partager son admiration pour Prince. ¬ę¬†Jour apr√®s jour, Prince d√©ployait le m√™me enthousiasme. Il voulait tout le temps se d√©passer, atteindre le meilleur r√©sultat possible. Et pour ce faire, il vous lan√ßait un d√©fi, vous pla√ßait hors de votre zone de confort, sans que vous vous en rendiez compte n√©cessairement. Il proc√©dait de la sorte avec tout le monde. Et pas question pour vous d’√™tre en retard¬†: ‘si moi je suis √† l’heure’ ‚Äď et c’√©tait toujours le cas ‚Äď ‘ alors il n’y a aucune raison que ce ne soit pas le cas pour toi aussi'¬†¬Ľ.

David Z insiste √† quant lui sur l’originalit√© du musicien et reprend le fil de son propos pr√©c√©dent¬†: ¬ę¬†il composait de fa√ßon unique. Il cherchait toujours √† apporter du neuf. Il utilisait des canevas musicaux classiques, mais y appliquait des accords √©tranges, inhabituels.¬†¬Ľ Puis David revient au th√®me de cette table ronde et nous narre les conditions de l’enregistrement de Purple Rain¬†: le concert de charit√© au First Avenue¬†; l’enregistrement live gr√Ęce au studio portatif situ√© dans un petit camion qui se trouvait juste √† c√īt√© du club¬†; le fait que personne ne savait qu’il allait utiliser ces prises pour l’album. David Z reste, des d√©cennies apr√®s, subjugu√© par la vision du bonhomme.

Scott reprend la parole et pose une question qui, √† la lumi√®re de ce que nous avons appris sur Prince en l’espace de trois jours, est sur toutes les l√®vres¬†: ¬ę¬†qu’est-ce qui le poussait √† avancer ainsi tout le temps¬†?¬†¬Ľ.

Pour Cubby, la r√©ponse ne fait aucun doute¬†: ¬ę¬†une soif de cr√©ativit√©. Il avait la capacit√© d’assembler une chanson √† partir de morceaux de groove n√©s de sessions d’improvisations men√©es seul ou avec son groupe. Il cr√©ait en permanence. Il s’int√©ressait √† tous les aspects de ses tourn√©es¬†; pas seulement la musique mais aussi la production et¬† la logistique. On avait du mal √† le suivre. M√™me lui parfois avait du mal √† g√©rer sa propre cr√©ativit√©.¬†¬Ľ

I just want Ur extra time and your…

Pour illustrer l’originalit√© de Prince, David Z √©voque ensuite le processus d’enregistrement de Kiss. √Ä l’√©poque, David s’occupait de la production du disque de Mazarati avec Prince. Un matin, Prince d√©pose sur le bureau de David une d√©mo de Kiss √† la guitare. ¬ę¬†C’√©tait un groove sympa mais rien d’extraordinaire de prime abord¬†¬Ľ. David travaille √† partir de cette maquette avec Mark Brown pour en faire un titre tr√®s produit, tr√®s √©lectronique. Prince l’√©coute et regarde David¬†: ¬ę¬†c’est trop bien pour vous les gars, je la reprends.¬†¬Ľ David poursuit¬†: ¬ę¬†mais Prince ne s’est pas content√© de reprendre notre version, qui contenait plus de 20 pistes diff√©rentes. Il n’en garde que 9 (ce qui est tr√®s peu), supprime la basse (comme sur When Doves Cry) et la r√©verb√©ration. En gros, il retransforme la chanson en une simple maquette. Il pr√©sente ensuite le r√©sultat √† Warner et leur indique que ce sera un single du prochain album. Les dirigeants de Warner refusent¬†: ‘√ßa ne ressemble √† rien, √ßa ne marchera jamais ce titre’. Prince l’impose, avec le succ√®s que l’on sait.¬†¬Ľ Pour David, ce que Prince a fait avec Kiss tient du g√©nie¬†: ¬ę¬†il a laiss√© de l’espace dans la chanson pour que l’auditeur puisse se l’approprier¬†¬Ľ. On a qu’une seule envie √† ce moment-l√†, c’est de se ruer sur Parade et d’√©couter √† nouveau ce titre.

Mazarati

David poursuit¬†: ¬ę¬†la musicalit√© de Prince nous a donn√© des ailes¬†; elle a cr√©√© une zone de confort pour tous les gens qui travaillaient √† ses c√īt√©s¬†¬Ľ r√©sume David, qui semble avoir √©t√© moins d√©stabilis√© par les exigences de Prince que d’autres de ses collaborateurs. David √©voque ensuite en quelques mots l’importance du Minneapolis Sound. ¬ę¬†Prince avait compris que pour imprimer son style, pour d√©velopper ce funk √©lectronique sans cuivre si particulier, il avait besoin de cr√©er une arm√©e¬†¬Ľ. Cubby compl√®te¬†: ¬ę¬†Minneapolis √©tait un cadre id√©al pour cela. Comme Prince me le dit un jour¬†: ‘c’est parfait ici¬†; le froid maintient les distractions et les g√™neurs √† distance'¬†¬Ľ. David Z poursuit¬†: ¬ę¬†c’est √ßa le concept original de Paisley Park. Cr√©er une communaut√© de musiciens.¬†¬Ľ

The Prankster

Scott part ensuite à la chasse aux anecdotes. On ne va pas être déçu…!

Cubby se lance sans se faire prier¬†: ¬ę¬†Prince, c’√©tait avant tout un homme avec une √©thique de travail exceptionnelle et une vision. Mais c’√©tait aussi un farceur. Un jour, j’√©tais en train de pr√©parer ses guitares pour un concert et je n’avais pas eu le temps de d√©jeuner. Je m’√©tais achet√© en vitesse une barre aux cacahu√®tes ¬ę¬†Payday¬†¬Ľ (jour de paie) que j’avais pos√©e sur un des amplis. Prince arrive, voit la barre et, sans g√™ne, la prend et commence √† l’ouvrir.¬†¬Ľ Cubby nous raconte le dialogue avec Prince qui s’en suivit¬†:

Cubby: Hold on, that’s my Payday! [non mais attends, c’est ma payday]

Prince: Nope, pay day is Friday. [ah non, le jour de paie c’est vendredi].

L’histoire ne dit pas si Prince rendit la barre. On imagine que non‚Ķ

David Z se lance à son tour. Son histoire est savoureuse.

David Z √©tait √† Los Angeles pour s’occuper du mixage du film Under The Cherry Moon. Il arrive un matin au studio et sur le parking voit Prince et Michael Jackson en train de discuter. Prince s’adresse √† Michael¬†: ¬ę¬†tu connais David¬†?¬†¬Ľ Michael fait oui de la t√™te. Avant m√™me que David ne puisse dire quelque chose, Prince dit √† David¬†: ¬ę¬†Michael est trop occup√© pour te parler de toutes fa√ßons¬†¬Ľ‚Ķ On le savait d√©j√†, mais Prince avait manifestement l’art de mettre son entourage mal √† l’aise‚Ķ

Ils rentrent tous les trois dans le studio. Au fond de la salle se situait un √©cran g√©ant sur lequel √©tait projet√© le film. √Ä l’autre extr√©mit√© se trouvait la gigantesque table de mixage cin√©ma. Et au milieu de cette pi√®ce tr√īnait‚Ķ une table de ping-pong. Prince demande √† MJ s’il joue au ping-pong. Michael r√©pond que oui. Ils commencent √† jouer tranquillement. Au milieu d’un √©change, Prince demande √† Michael¬†: ¬ę¬†c’est bon, t’es chaud, on peut y aller¬†¬Ľ ? MJ ne se d√©monte pas et r√©pond oui. Et √† ce moment-l√†, Prince d√©coche un smash puissant en direction du visage de Bambi. MJ sursaute, se masque le visage avec ses deux mains et s’enfuit du studio en courant‚Ķ Prince √©tait hilare.¬†¬Ľ

Pour Tour√©, dans son livre I Would Die 4 U, ce comportement ‚Äď habituel chez Prince et que l’on qualifiera, pour faire preuve de mansu√©tude, d’enfantin ‚Äď est la trace d’une absence totale de maturit√© affective. Quoi qu’il en soit, on s’imagine la sc√®ne avec une certaine d√©lectation ‚Ķ La salle est pli√©e en quatre √©videmment.

Scott demande aux deux participants de conclure, apr√®s avoir racont√© son anecdote √† lui¬†: un jour qu’il sortait d’une session d’enregistrement dans le Studio A, il prit sa voix de t√™te pour chanter ‚Äď comme une casserole de son propre aveu ‚Äď la chanson que Prince venait de graver sur une bande magn√©tique. Prince sort √† son tour, le regarde et lui fait un ¬ę¬†non¬†¬Ľ de la t√™te dont Scott se souvient encore.

Pour David, Prince √©levait tout le monde vers le haut. ¬ę¬†Il √©tait tellement exigeant qu’apr√®s avoir travaill√© avec lui, vous pouvez travailler avec n’importe qui.¬†¬Ľ Cubby n’est pas en reste. ¬ę¬†J’ai plus appris avec lui qu’√† l’√©cole d’ing√©nieur du son que j’ai fr√©quent√©e.¬†¬Ľ

Le panel s’ach√®ve sur ces propos. Le dernier de cette Celebration. On est presque sonn√© par cette plong√©e dans le cŇďur de l’univers princier. On se dit que tout cela serait rest√© sans doute tu si Prince √©tait encore vivant. On se dit que c’est √©trange de ressentir sa pr√©sence avec autant d’acuit√© alors qu’il n’est plus l√†‚Ķ

Joel remonte une derni√®re fois sur sc√®ne pour nous annoncer l’arriv√©e des NPG, accompagn√©s d’Ida et de Donna sur certains titres. On va vite s’apercevoir que la qualit√© de ce concert surpasse tous les pr√©c√©dents. Et que la patte de Graceland se fait d√©sormais sentir‚Ķ

We are the New Power Generation, we’re gonna change the World

C’est une formation in√©dite qui s’avance sur sc√®ne. Kirky J √† la batterie, Mononeon √† la basse, Levi √† la guitare, Barbarella et Mr Hayes aux claviers, les deux autres Game Boyz (Tony √† la guitare rythmique et Damon aux percussions) et les HornHeadz, la premi√®re section cuivre des NPG au d√©but des ann√©es 90.

Ils ont répété. Le groove est puissant, la cohésion entre les musiciens évidente et le choix des titres va satisfaire tout le monde.

Les hostilit√©s commencent avec Sexy MF. Levi Seacer Jr n’a rien perdu de sa maestria technique √† la guitare (il se permet m√™me de faire du scat sur son solo, comme √† la grande √©poque) et Barbarella rejoue son solo quasiment note pour note. La salle hurle de plaisir. On s’amuse, avec toute la salle, √† chanter ¬ę¬†U sexy motherfucker¬†¬Ľ avec Tony M. On sait que Prince, depuis sa conversion aux T√©moins de J√©hovah, avait install√© dans le Park une ¬ę¬†swear jar¬†¬Ľ¬†; elle aurait √©t√© pleine √† la fin de la chanson.

Kip Blackshire monte ensuite sur sc√®ne pour pr√™ter sa voix √† Love 2 the 9s. Le timbre de Kip donne une couleur tr√®s RnB √† cette chanson ronde et fluide, qu’on red√©couvre avec plaisir. Il c√®de sa place √† Andr√© Cymone pour un Pop Life impeccable. Svelte, √©l√©gant, cet homme n√© comme Prince en 1958 semble avoir quarante ans √† peine.

Marva King officie ensuite pour un Cream moins pop et plus soul que l’original. La salle exulte, c’est un pur moment de bonheur musical et de communion joyeuse.

Sign O’ The Times ensuite, avec Kip en ma√ģtre de c√©r√©monie. Il n’a ni la pr√©sence ni l’intensit√© vocale de Prince mais la version est fid√®le et respectueuse. Levi tape un solo monstrueux √† la fin de la chanson sur une Fender Stratocaster noire et blanche. Et ensuite, les ¬ę¬†oh weeee oh¬ę¬†, psalmodi√©s religieusement par une foule aux anges.

Andr√© Cymone remonte sur sc√®ne pour un Hot Thing un peu plus lent que l’original, un peu plus organique. C’est une r√©ussite. Et les scansions des cuivres finissent de rendre hommage √† cette chanson aussi minimaliste que riche. Cymone passe le relais √† Blackshire pour un Do Me, Baby qui se garde bien de singer l’original. Kip lui imprime une totalit√© New Jack Swing qui va bien √† ce titre. Il √©vite la voix de t√™te. C’est √©l√©gant.

Depuis le d√©but de ce set, Mononeon colore le pourpre princier de son groove fluorescent. Cet improbable h√©ritier de l’esprit dada (comme en t√©moigne son manifeste sur youtube) se contente pour l’instant d’accompagner chaque chanson avec d√©f√©rence.

Il se cale sur le rythme imprimé par Kirk Johnson sans tricoter. Mais on ne perd rien pour attendre.

Andr√© Cymone reprend le flambeau pour If I Was Your Girlfriend et Money Don’t Matter 2nite dont les arrangements sont tr√®s proches des chansons originales. 2gether, tir√© de l’album Gold Nigga, permet √† Tony M de se mettre en avant. Les t√™tes vont de bas en haut, les gens dansent et l√®vent les mains. Je me lance et essaie de convaincre mes voisins de chanter avec moi ¬ę¬†N.P.G. in the muthafuckin’ house¬†¬Ľ (comme √† la grande √©poque) mais malheureusement pas, je n’y parviens pas‚Ķ Moment de solitude‚Ķ

Andr√© Cymone se charge ensuite de rendre hommage √† Uptown, dont il a particip√© √† la composition. Il semble √©mu. Il encha√ģne avec She’s Always In My Hair, qui convient tr√®s bien √† sa voix chaude. Levi chauffe la salle √† blanc avec un solo puissant et m√©lodieux. Retour √† la case Gold Nigga ensuite avec Call The Law, qui permet √† Damon de d√©montrer au public qu’il sait encore danser. C’est ensuite au duo Marva King – Kip d’entamer un Diamonds & Pearls qu’ils d√©dient √† John Blackwell et Rosie Gaines, tous deux sujets √† de graves probl√®mes de sant√©. La fin de la chanson est effectu√©e a capella et fait frissonner m√™me les plus endurcis. Un petit interm√®de instrumental permet ensuite √† Levi et Mononeon de se mettre en avant. On passe alors par la case Billy Jack Bitch, dont toute la salle reprend le refrain. Puis c’est au tour de Gett Off d’enflammer le public. On repense √† la performance de Prince au MTV Awards et on sourit. Cette chanson nous offre le clou de la soir√©e, si ce n’est de la semaine. MonoNeon s’avance et nous gratifie d’un solo ahurissant. Ses doigts slappent si fort et si pr√©cis√©ment sur sa basse qu’on a l’impression d’entendre des sons d’un piano √©lectrique Clavinet. Rapidit√© d’ex√©cution, sens du rythme et du groove, phras√© m√©lodieux, on est souffl√© par tant de virtuosit√©. MonoNeon est un extra-terrestre.

Andr√© revient devant nous pour un Housequake qui transforme la salle en block party. Des spectateurs montent sur sc√®ne et s’efforcent tant bien que mal √† faire le Housequake (car apr√®s tout il s’agit d’une danse, qui requiert que l’on frappe son pied par terre sur le deuxi√®me temps et que l’on saute sur le premier (you put your foot down on the two, you jump on the one)¬†!). Le fils de Tony M est de la f√™te. Les gens autour de moi semblent heureux. C’est peut-√™tre parce qu’il s’agit du dernier concert de cette Celebration mais l’ambiance est l√©g√®re et joyeuse.

Ida Nielsen arrive ensuite sur scène pour remplacer MonoNeon. Shelby la rejoint et entame avec Levi un U Got The Look très enlevé.

Le concert touche √† sa fin et les musiciens entament un Kiss sur lequel officie Donna Grantis et qui fait hurler toute la salle. Apr√®s quelques mesures, Prince les rejoint sur sc√®ne. Enfin, une vid√©o de Prince, projet√©e sur l’√©cran g√©ant situ√© derri√®re la troupe‚Ķ On savait que la technique, popularis√©e √† Graceland pour Elvis, avait √©t√© utilis√©e lors du concert hommage du mois d’octobre 2016 √† Minneapolis, mais on reste assez dubitatif. Est-ce une belle fa√ßon de rendre hommage au disparu et de continuer ainsi √† faire vivre sa musique¬†? S’agit-il d’une faute de go√Ľt en nul point n√©cessaire¬†? √Ä chacun de se faire son opinion.

Apr√®s Kiss, Purple Rain, toujours avec Prince en arri√®re-plan. Le Soundstage est baign√©e d’une lumi√®re pourpre, Prince est l√† sans √™tre l√†, les yeux sont humides. √áa chante juste, fort, √† l’unisson. Tous les musiciens sont sur sc√®ne, devant nous, aussi √©mus que les spectateurs. La m√©lodie des violons de la fin de cette chanson unit tout le monde dans un dernier moment de communion. Elle cristallise l’admiration que tous ici vouent au natif de Minneapolis. Elle t√©moigne de la¬†tristesse de l’avoir vu partir sans crier gare.

Les lumi√®res se rallument. Certains dans la salle sont hagards. D’autres pleurent. C’est la fin. La parenth√®se violette vient de se refermer. Tout le monde va pouvoir reprendre le cours normal de sa vie. On ressort de ce lieu si particulier avec une certitude¬†: la vie de Prince fut, elle, tout sauf normale. Et de cela, nous pouvons tous lui en √™tre reconnaissants.