Ce 30 juillet sort enfin l’album jusqu’alors inédit de Prince « Welcome 2 America ». Enregistré et finalisé en 2010, cet album devait sortir en 2011 pour accompagner la tournée du même nom, déclinée en « Twenty One Nite Stand » en Californie après quelques concerts sur la côte-est des Etats-Unis, « Welcome 2 America Euro Tour 2011 » (série de 21 concerts en Europe qui a commencé au Stade de France à Saint-Denis), « Welcome 2 Canada » (11 shows au Canada) et « Welcome 2 Australia » (8 shows en 2012).

Il avait été dit, sans que cela soit confirmé, que « Welcome 2 America » a été conçu pour être distribué lors de ces concerts, à la manière de « Musicology » et « Planet Earth ». Les raisons de l’annulation de la sortie de ce qui aurait été son 36eme album studio sont toujours inconnues.

La succession de Prince nous offre donc cet album tel qu’imaginé par Prince en 2010. Tout était si bien finalisé (versions sélectionnées, ordre des titre déterminé) que l’Estate n’a eu qu’à s’occuper du mastering (sans avoir à produire de nouveaux mixes pour réparer les défauts techniques) et de la pochette (notre Mathieu Bitton national s’est occupé du packaging).

Pour accompagner cet album, l’Estate nous propose un Blu-ray qui contient le concert donné au Forum d’Inglewood en Californie le 28 avril 2011 dans le cadre du « Welcome 2 America Tour (21 Nite Stand) ».

 

Plusieurs éditions physiques existent :

  • L’édition coffret Deluxe avec un CD, un double vinyle, un Blu-ray, un livret de 30 pages et un poster exclusif,
  • La version CD simple,
  • Une édition japonaise CD et Blu-ray,
  • Un double vinyle classique (noir) ,
  • Un double vinyle transparent en édition limitée (Exclusivités Fnac et Target),
  • Un double vinyle ‘gold’ en édition limitée (Exclusivité store.prince.com).

 

Les prix varient selon les boutiques physiques ou en ligne, parfois même selon les pays pour le même site marchand (des variations allant du simple au double ont été remarquées entre Amazon France, UK et US). Pour ceux qui n’ont pas une âme de collectionneur, qui ne sont pas attachés aux supports physiques ou qui n’en ont pas les moyens, l’album sera bien évidemment disponible sur les plateformes de streaming et Youtube.

Quelques goodies supplémentaires sont proposés sur le store officiel pour les collectionneurs en plus des habituels produits dérivés comme un 45 tours du morceau titre, avec un medley live inédit de « Dreamer » et « Welcome 2 America » enregistré en 2011. Un 45 tours de « Hot Summer » est quant à lui offert avec le numéro d’août de l’édition allemande du magazine Rolling Stone.

 

 

Sessions intensives

L’essentiel de l’album « Welcome 2 America » a été enregistré sur une période très courte en mars 2010, juste après avoir finalisé « 20Ten ». Les sessions ont commencé après que Prince ait demandé à la jeune bassiste Tal Wilkenfeld (repérée sur Youtube et qui a à son actif un album solo et une tournée avec Jeff Beck) de venir jouer avec lui et un batteur qu’elle est libre de choisir. Elle contacte son ami Chris Coleman (qui a tourné avec Chaka Khan) et partent tous deux direction Paisley Park. Ce n’est pas la première fois qu’ils y vont, puisque Tal avait déjà été invitée en 2007 pour des jams informels, et Chris avait enregistré « Cause And Effect » en janvier 2010 avec Prince et Larry Graham. Comme des dizaines de musiciens avant et après eux, ils ne savent pas à quoi s’en tenir: Est-ce pour une audition ? Intégrer le NPG ? Ou juste un boeuf ?

Après quelques jams d’échauffements, les enregistrements débutent avec Wilkenfeld à la basse, Coleman à la batterie et Prince à la guitare et aux claviers. Sans partitions, les musiciens doivent suivre les instructions basiques données par le chef et se laisser aller. En 10 jours à peine, entre le 10 et le 19 mars, le trio met en boite au moins 11 morceaux : « Check The Record », « Same Page, Different Book », « Running Game (Son Of A Slave Master) », « Born 2 Die », « When She Comes », « Yes » (qui n’a de commun avec l’instrumental de The Family que le nom), « Dance 2 The Higher », « Welcome 2 America », « Hot Summer » et « One Day We Will All B Free ». En entendant le Docteur Cornel West dire « j’aime beaucoup Prince, mais il ne vaut pas Curtis Mayfield », il enregistre le magnifique « Born 2 Die », un morceau à la Curtis avec un refrain inspiré par « Give Me Your Love » et des arrangements soyeux juste pour prouver qu’il peut le faire et qu’il ne faut pas le tester, même amicalement (Prince et Cornel West se connaissaient et s’appréciaient mutuellement). Ils revisitent également un morceau de Soul Asylum « Stand Up And B Strong » que Prince avait déjà repris quelques années auparavant avec Michael B. et Sonny T. (cette version antérieure est toujours inédite).

Comme il lui restait un peu de temps, Prince appelle John Blackwell pour enregistrer « 1000 Light Years From Here » et une version de « Black Muse » avec lui. Wilkenfeld et Coleman rentrent chez eux et attendent des nouvelles.

Les morceaux enregistrés ensemble sont ensuite complétés par Prince pendant le printemps et l’été avec divers ajouts et embellissements, notamment les voix d’Elisa Fiorillo, Shelby Johnson et Liv Warfield. Morris Hayes ajoute des parties de claviers et pose sa touche personnelle sur quelques titres. L’album « 20Ten » n’est pas encore sorti mais « Welcome 2 America » est déjà en phase de finalisation.

« Hot Summer » est envoyée à une radio de Minneapolis pour être jouée le 7 juin mais l’accueil du public et des fans est plutôt mitigé. Ces travaux sont entrecoupés par une brève tournée en Europe en juillet (avec Cora Coleman-Dunham à la batterie et Joshua Dunham à la basse). Une autre tournée éclair en Europe suit en automne (avec John Blackwell à la batterie et Ida Nielsen à la basse). A la fin de l’année, des séries de concerts sous le nom de « Welcome 2 America » sont annoncées…..toujours sans le binôme Wilkenfield/Coleman qui ne jouera finalement jamais sur scène avec Prince. Chris Coleman révèle dans une interview avoir enregistré une dizaine de titres avec Tal et Prince, mais à part « Hot Summer », on ne voit rien venir. Nous n’apprendrons l’existence et les contours de « Welcome 2 America » que fin 2015.

Même si Prince a joué quelques-unes des chansons qui composent cet album en concert et en a sorti d’autres officiellement (« Welcome 2 America » et « Check The Record » en concert, « Same Page, Different Book » diffusée en 2013 sur son compte Youtube officiel, « Hot Summer » jouée en radio, « 1000 Light Years From Here » et « When She Comes » sorties sur « HitNRun Phase Two »), seuls lui, ses collaborateurs et les musiciens qui étaient tenus par une clause de confidentialité savaient qu’elles étaient des pièces d’un seul et même puzzle, celui qui nous est livré aujourd’hui.

Check The Record

 

  1. Welcome 2 America (5:23)
  2. Running Game (Son Of A Slave Master) (4:05)
  3. Born 2 Die (5:03)
  4. 1000 Light Years From Here (5:46)
  5. Hot Summer (3:32)
  6. Stand Up And B Strong (5:18)
  7. Check The Record (3:28)
  8. Same Page, Different Book (4:41)
  9. When She Comes (4:46)
  10. 1010 (Rin Tin Tin) (4:42)
  11. Yes (2:56)
  12. One Day We Will All B Free (4:41)

 

Des sessions avec Wilkenfield et Coleman, Prince a choisi de retenir 10 chansons pour l’album : « Welcome 2 America », « Running Game (Son Of A Slave Master) », « Born 2 Die », « Hot Summer », « Stand Up And B Strong », « Check The Record », « Same Page, Different Book », « When She Comes », « Yes » et « One Day We Will All B Free » (sur ce dernier, Coleman est remplacé par Prince à la batterie). Il ajoute « 1000 Light Years From Here » avec John Blackwell et « 1010 (Rin Tin Tin) » qu’il a enregistré seul. Elisa Fiorillo, Shelby Johnson et Liv Warfield sont invitées à ajouter leurs voix sur la totalité des morceaux. Le fidèle Morris Hayes joue du clavier et d’autres instruments sur «Welcome 2 America », « Running Game (Son Of A Slave Master) », « Born 2 Die », « Hot Summer », « Check The Record » et « Same Page, Different Book » et est crédité comme co-producteur pour ces titres. La présence du trio vocal féminin sur tout l’album et de la rythmique Wilkenfield / Coleman sur la quasi-totalité du disque fait de « Welcome 2 America » un des albums les plus collaboratifs de Prince, dans la lignée de « Diamonds And Pearls », « Symbol (1992) », « Expectation » et « N.E.W.S. ».

Comme beaucoup d’albums princiers des années 2000 et 2010, « Welcome 2 America » embarque avec lui son lot de bons moments, de fulgurances et de chansons qu’on met de côté et qui demandent du temps avant d’être appréciées…ou pas. La sélection proposée nous fait passer du funk au rock, de la soul à la pop, principalement des mid-tempos. L’ambiance est plus chaleureuse et moins synthétique que « 20Ten ». Comme dit plus haut, certains morceaux ont été distillés ici et là et sont trouvables par des moyens plus ou moins autorisés sur le net, si bien qu’en voyant la tracklist de l’album, on pourrait se dire « Ah ! On connait déjà la moitié ». « Hot Summer » et « Same Page, Different Book » sont en effet identiques aux versions officielles que nous connaissions déjà mais le reste n’est que découvertes avec parfois d’excellentes surprises. C’est le cas notamment de « 1000 Light Years From Here » : cette chanson a été glissée anonymement sur « HitNRun Phase Two » entre « Black Muse » et « Revelation », sur la même piste que la première (à partir de 4:17 précisément). La version que nous connaissions était particulièrement cuivrée et parlait d’un coup de foudre de Prince pour une femme. La version initiale présente sur « Welcome 2 America » est radicalement différente, avec un rythme légèrement plus lent, sans un souffle de cuivre mais surtout des couplets et une direction lyricale totalement différents. Ici, les paroles sont utopiques et évoquent la révolution pacifique qui passe par des résolutions spirituelles, l’introspection et le dépassement de soi pour construire un monde meilleur. Seuls la mélodie et le refrain sont communs aux deux versions qui sont chacune de grande qualité.

Autre titre à avoir été retraité lyricalement : « When She Comes ». Là aussi, deux orientations différentes sont prises entre « HitNRun Phase Two » et « Welcome 2 America ». Sur cette nouvelle version, les insinuations et la double lecture du mot « come » qui peut vouloir dire « venir » ou « jouir » sont moins imagées et plus explicites, avec des gémissements en prime. Musicalement, les différences sont moins radicales, cette dernière version étant juste plus dépouillée que celle de « HitNRun Phase Two ».

« When She Comes » est l’unique chanson sur le registre de l’amour dans cet album qui alterne des textes à portée « sociale » avec des constats pessimistes en introduction et un propos qui devient de plus en plus optimiste au fur et à mesure que les chansons défilent. Cet optimisme, ou positivité, nait d’un combat intérieur pour s’accorder aux lois divines et transformer la réalité. Les paroles de « Check The Record », un funk-rock des plus rythmés de l’album qui peut faire penser à la fois à « Rebirth Of The Flesh » et à « Endorphinmachine », ne racontent rien de particulier (à noter que lorsqu’il l’a chantée en concert en 2013, les couplets étaient différents). Même chose pour les couplets de « Hot Summer » et son refrain qui aurait pu être écrit Eric Charden. Elles ont au moins le mérite de mettre un peu de légèreté. Musicalement, « Hot Summer » est un morceau pop qui réutilise une ligne d’orgue similaire à celle de « 96 Tears » de Question Mark and the Mysterians, (comme sur « Shake ! » et « Cream »). La thématique sur la nécessité de se libérer de chaînes mentales et matérielles pour s’accomplir pleinement et créer un nouveau monde, une autre réalité, se retrouve sur les deux-tiers de l’album.

Le combat permanent

Comme pour « Sign O’ The Times » et « Chaos And Disorder », Prince se fait narrateur des derniers temps et chronique le monde, les Etats-Unis plus précisément, sur la chanson-titre qui ouvre l’album. Comme sur « The War », le ton est froid, désabusé, ironique et fataliste (« tu devras apprendre le chinois ou te soumettre »), à l’heure où le rêve américain n’est plus qu’illusions. Sont passés en revue les parachutes dorés, la célébrité acquise grâce à une sex-tape, la manipulation de l’information pendant que le peuple somnole, distrait par des applications.

 

Comme dans « America » qui n’était pas plus patriotique, le premier couplet de « Welcome 2 America » évoque les riches qui ne font que s’enrichir entre eux, les femmes qui doivent lutter pour avoir un salaire décent tout en restant dignes et le serment d’allégeance à la patrie. Il glisse quand même une petite touche d’humour avec la phrase « We snatch bass players not purses » (« on vole les bassistes, pas les sacs à main ») peut-être en référence à Jeff Beck qui a recruté Rhonda Smith pour sa tournée de 2010 après Tal Wilkenfield qui travaille maintenant avec Prince. Au contraire de « Sign O’ The Times » et « Chaos And Disorder » dans lesquels les textes à portée sociale ou politique se limitaient à 2 titres tout au plus, Prince reprend ces thématiques tout au long de « Welcome 2 America ».

La deuxième chanson, « Running Game (Son Of A Slave Master) », dresse aussi un constat amer, cette fois sur les nouvelles formes d’esclavage et explique que rien n’a fondamentalement changé : le monde est toujours régit par un rapport dominant /dominé, les premiers n’offrant aux seconds qu’une poignée de dollars pour vivre. Cette reproduction perpétuelle des inégalités en attendant que la roue prenne la peine de tourner se retrouve aussi sur « Same Page, Different Book ». Sur ce morceau, Prince y insère une dimension religieuse plus prononcée en citant la Bible (Galates, chapitre 3) et un questionnement sur les vrais combats à mener. « Born 2 Die » raconte le parcours d’une fille devenue prostituée, victime de décisions prises trop tôt et ne voulant pas corriger sa trajectoire qu’elle sait pourtant tragique.

« Stand Up And B Strong », une reprise d’un morceau de Soul Asylum, est le genre de morceau qui peut polariser la communauté princière avec d’un côté ceux qui vont considérer que c’est niais, de la guimauve et qu’il aurait dû rester dans le coffre ad-vitam aeternam. D’autres pourront être touchés par l’interprétation, le mariage des voix de Prince et du trio Elisa/Liv/Shelby, le coté B.O. d’un film Walt Disney. Les paroles incitent à faire face à l’adversité, vaincre ses peurs, ses addictions et ses démons. Le dépassement de soi, ne pas se résigner, et chercher à être meilleur sont des sujets que Prince a abordé tout au long de sa carrière (« Free », « Push », « The Max » et « The Love We Make » étant des exemples). Il est donc facile de comprendre pourquoi il a choisi de faire une reprise de cette chanson qu’il aurait pu écrire lui-même.

Cette invitation à mener un combat intérieur pour atteindre un idéal se retrouve sur le dixième titre, « 1010 (Rin Tin Tin) ». Cette chanson, malgré un nom qui pouvait susciter une angoisse (Prince n’a quand même pas fait une chanson sur Rintintin ??? Avec un jeu de mots en plus ????), se révèle être un des meilleurs moments de l’album. Les paroles sont dans la lignée de « The Rainbow Children », avec la référence au nombre angélique ‘1010’. Ce nombre et heure miroir est considéré par certains croyants comme un signe envoyé par les anges. Lorsqu’il revient en permanence dans notre champ de vision (heure, reflets, montant, ticket de caisse, plaque d’immatriculation, numéro de téléphone…), le 1010 indiquerait que l’on s’est engagé intérieurement sur la bonne voie, celle de l’élévation spirituelle. C’est ce changement intérieur qui nous permettra de faire de nos rêves une réalité et de vivre en paix avec nous-même.

Sur le refrain, Prince parle bien du fameux justicier solitaire (Lone Ranger) et de Rintintin. Cette mention est assez déroutante. Pure spéculation en attendant des exégèses plus approfondies (ne me jetez pas des pierres, prenez-vous-en à l’auteur de cette chanson – ça vaut ce que ça vaut!) : le choix du sous-titre ‘Rin Tin Tin’ est peut-être un simple jeu de mots pour décrire une situation où une personne voit ce nombre encore et encore partout où il va et se dit : « re-ten ten ».

 

Après un début d’album plutôt morose et glaçant, ce cheminement spirituel amène progressivement un discours plus positif avec « 1000 Light Years From Here » (vu plus haut) et surtout « Yes » et ses paroles qui sont dans la continuité d’ « Eye No » (« Lovesexy ») avec une touche de « New Power Generation ». Musicalement, « Yes » est dans la lignée de « 20Ten ». Le défaitisme de la chanson d’ouverture et contrebalancé par celle qui clôt en beauté l’album avec un titre qui parle de lui-même : « One Day We Will All B Free ».

Uncover the past

Dans les années 2000 et 2010, Prince a sorti officiellement quelques albums inégaux qui ont dérouté ou déçu ses fans. Tous ses disques, quels qu’ils soient, nécessitent du temps pour être appréciés à leurs justes valeurs. Certes, « Welcome 2 America » n’est pas une pièce maitresse de sa discographie et certains diront qu’ils ne s’attendaient pas à mieux. Mais quelques écoutes de ce disque sont suffisantes pour dire qu’il n’aurait pas fait tache dans sa carrière s’il était sorti de son vivant. On peut même se demander pourquoi il ne l’a pas sorti (il n’a publié aucun album entre 2011 et 2013) vu sa cohérence. Il y a assez de moments forts qui le place au niveau ou au-dessus d’albums qu’il a choisi de sortir comme « Rave Unto The Joy Fantastic », « Planet Earth », « MPLSound », « 20Ten », « Plectrumelectrum » et « Hitnrun Phase One ». Ceux qui sont allergiques aux ‘prêches’ de Prince ou qui ne comprennent tout simplement pas l’anglais peuvent quand même apprécier la musicalité de l’ensemble qui n’a vraiment pas à rougir face aux autres albums des années 2000 et 2010. « The Rainbow Children » est souvent considéré comme LE chef-d’œuvre princier de cette décennie tout en étant critiqué par son contenu très religieux. Même si cette thématique est présente dans « Welcome 2 America », elle n’est pas au centre du discours. Sur « Welcome 2 America », Prince redevient plus spirituel que religieux, moins radical et prosélyte que sur « The Rainbow Children ».

 

On a souvent reproché à l’Estate de se cantonner aux années 80 pour les sorties de chansons inédites. Cette période est considérée comme la plus riche et intéressante musicalement et probablement plus rentable, mais il serait injuste de limiter Prince à cette seule décennie. Ce bond de plus de 20 ans dans le temps est donc bienvenu.

Relativement peu de titres inédits de ces périodes ont fuité et ce « Welcome 2 America » permet de réentendre un Prince capable de mettre de côté un album qu’un autre artiste aurait jugé très satisfaisant et de passer à autre chose sur un coup de tête ou une raison valable comme dans ses jeunes années. La liste des projets abandonnés et connus par les fans est déjà longue (voir cet article). Espérons que l’Estate a réussi à trouver d’autres albums aboutis à ce point que nous ne connaissons pas ou trop peu.

 

Welcome 2 The Big Show

Les tournées « Welcome 2… » étaient particulières. On sait que Prince ne faisait jamais deux fois le même concert, et cette résidence californienne « 21 Nite Stand » en est la parfaite illustration puisque chaque concert avait sa propre setlist. Si Prince filmait tous ses concerts, c’était principalement dans un objectif privé ou professionnel (voir ce qui a marché, repérer ce qui peut être amélioré…) et non pas forcément commercial. Le film du concert du 28 avril 2011 répondant techniquement à tous les minima attendus en 2021 en termes de qualité d’image et de son, ce qui n’est pas le cas de toutes les bandes semble-t-il, c’est celui-ci qui a été choisi.

Ce show était le cinquième de cette résidence et a été annoncé seulement 3 jours à l’avance. Avec un délai aussi court, pour un show en semaine, les 17 500 billets ont eu du mal à se vendre. La performance est à l’image de ce que proposait Prince à l’époque : un big show tout public avec des enchainements millimétrés de hits pour satisfaire le grand public et de reprises plus ou moins connues ainsi que quelques moments particuliers pour faire plaisir aux fans hardcores (« Joy In Repetition » en ouverture, des soli à la basse et une reprise fabuleuse de « More Than This » de Roxy Music en conclusion). Certains pourraient regretter et être irrités par l’omniprésence du trio Shelby, Elisa et Liv, mais ne boudons pas notre plaisir : un concert de Prince, même moyen par rapport à ses standards, sera toujours plus intéressant que les meilleurs concerts de la plupart des autres artistes.

 

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