une tite review pour le presenter:
Simple Minds : "Black & White 050505"
Pour les habitués et les fans, aucun problème : vous savez sans doute déjà que ce Black & White 050505 est leur meilleur album depuis vingt ans, et que s’ils avaient fait cet album au lieu de Once upon a time, leur carrière aurait été bien différente. Mais ceux qui ne connaissent pas du tout les Simple Minds ou les considèrent comme un groupe ringard qui n’a su pondre que deux tubes mous que l’on entend en faisant ses courses au supermarché du coin, comme Don’t you (forget about me) ou Mandela day, il va falloir mettre les bouchées doubles. C’est à ceux-là que je vais essayer de m’adresser aujourd’hui.
Certains d’entre-vous sont sans doute déjà séduits par quelques groupes qui citent les Simple Minds comme influence pour leur travail, comme Editors ou The Departure. Bien. Imaginez une petite histoire... Nous sommes en 2005, année décidément bien riche, musicalement. Tout le monde écoute Hard-Fi et The Rakes et cherche désespérément à trouver la grande révélation musicale de l’année. Et voici que surgit un groupe écossais, de Glasgow me dit-on, inconnu au bataillon. Un groupe qui a enregistré son album entre l’Italie et les Pays-Bas - une attitude pour le moins européenne. Un groupe dont l’album se termine par cet étrange nombre "050505", qui représenterait en fait la date de fin d’enregistrement de l’album. Un groupe qui s’appelle les Simple Minds, un nom tiré d’une chanson de David Bowie, et qui se réclame des influences de ce dernier, ainsi que de Kraftwerk et de Roxy Music. Leur profil n’est finalement pas bien différent de tous ces nouveaux groupes, hormis le fait que leur rock va vous surprendre par son côté plus atmosphérique, moins instantané, plus éloigné de cette époque de fast-food musical concocté par le NME. Le chanteur Jim Kerr possède une voix plutôt douce et apaisante, et le bassiste Eddie Duffy fait ronfler et résonner sa basse comme personne (tantôt élastique et électrique sur Stay visible et Stranger, tantôt funky sur Kiss the ground). Et cet album possède neuf titres, comme un LP, ce qui en fait un véritable monument de cohérence qui évite le remplissage par des morceaux qui auraient mieux fait de figurer en face B. Neuf titres lumineux, il n’y a pas d’autres mots.
Les surprises les plus éclatantes se trouvent au début et à la fin de l’album, puisque la ballade Dolphins est probablement la plus belle chanson écrite depuis le Heroes de Bowie, détrônant ainsi sans vergogne One de U2. Et ce superbe premier titre, Stay visible, qui commence dans une ambiance de lever de soleil, et qui part exploser quelque part entre la batterie de Mel Gaynor et la guitare aérienne et dynamitée de Charlie Burchill : une véritable bande originale de film, parfaite pour un James Bond, qui donne une bouffée d’air frais incroyable et plonge d’ores et déjà l’auditeur dans une dynamique positive et incroyablement efficace. S’ils comptent ouvrir leurs concerts avec ce titre, ça promet. Les Minds parviennent néanmoins à nous tenir la dragée haute tout au long de cet excellent et surprenant album. The jeweller part 2 possède ce petit quelque chose de grungy dans les guitares crasseuses, A life shot in black & white sonne comme une hymne aux années 70 et notamment à Pink Floyd et aux Doors, et tous les autres titres possèdent le statut de tube potentiel. C’est bien simple, on ne sait plus du tout où donner de la tête tellement cet album est bon - et dire qu’il ne renferme que neuf titres ! Entre le premier single, Home, qui a tout à fait la carrure d’un New gold dream 81-82-83-84 ou d’un Love song, et le très aérien et quasi-mystique Different world [Taormina.me] qui entame sa course luminescente sur un piano mystérieux, le choix se fait difficile. Alors qu’Underneath the ice étale ses nappes glacées à la Brian Eno et apporte sur un plateau un des plus beaux solo de Burchill, Stranger se meut dans une introduction électro avant de se transformer en tube pour public en délire, avec ses "sha-lala-la" et son lumineux refrain.
On est ici bien loin des anecdotiques reformations des années 80 emmenées, entre autres, par Duran Duran et Tears For Fears. On parle de retour en force, il paraît. On parle de grande forme. Alors évidemment, les Minds n’ont pas livré que de bons albums, et leur traversée du désert des années 90 n’a pas été arrangé par le flop de Neapolis, qui tentait désespérément de mélanger expérimentations électroniques et inspiration en perte de vitesse. Et puis il y a eu cet album de reprises assez insipide, titré Neon Lights, suivi de près par un Cry un peu faible, mais qui marquait déjà le désir de la bande à Kerr de revenir sur le devant de la scène. Un peu comme un convalescent qui serait sorti d’une longue maladie et qui aurait passé avec courage l’épreuve de la rééducation, et ce malgré de lourdes déceptions, notamment celle de l’album disparu Our secrets are the same, littéralement confisqué par Virgin, Simple Minds semble ressortir du coma d’un coup, d’un seul, et reprendre le flambeau là où ils l’avaient laissé avant Don’t you (forget about me), comme si de rien n’était. Un album positif, presque solaire, avec des paroles sensibles et loin de la démagogie pour stades gonflés à bloc. Le géant est enfin réveillé, et je connais des groupes qui ont intérêt à bien se tenir. Oui, c’est l’infâme Bono que je vise.



