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Prince à Genève, de la voltige sans filet
L’arrivée du Kid de Minneapolis suscite les doutes des professionnels. Les organisateurs s’expliquent
Après le coup de tonnerre, la rumeur, lourde et préoccupante. Samedi passé, l’annonce de l’arrivée au Stade de Genève de Prince, prévue pour le 12 juillet prochain, a fait l’effet d’une déflagration dans le paysage culturel de Suisse romande. Une réaction à la hauteur de la légende que colporte l’artiste, dont les proportions sont telles que chacun de ses passages en terre romande a généré, comme partout ailleurs, un engouement sans mesure. Personne n’a oublié son concert au stade de la Pontaise de Lausanne, il y a seize ans, ni sa double prestation au Montreux Jazz Festival en 2009.
Un nouvel épisode pourrait enrichir les annales dans six semaines seulement. Mais aujourd’hui, alors que le concert genevois du génie de Minneapolis se précise avec la mise en vente des billets, des voix et des questions s’élèvent autour de ce rendez-vous majeur de l’été. Faut-il douter du sérieux de cette entreprise, derrière laquelle on retrouve des acteurs peu ou pas du tout habitués aux arcanes d’un événement de cette envergure? Qui se cache derrière la production du spectacle? Et encore, est-il raisonnable, voire simplement possible de monter une telle affaire dans un laps de temps aussi restreint?
Les professionnels de la branche en doutent fortement. Leur expérience leur fait croire qu’on est face à un scénario totalement inédit qui comporte de nombreux risques de voir capoter cette aventure atypique. Le directeur de l’agence Live Music Production, Michael Drieberg, qui a fait du Stade de Genève l’enceinte de six concerts, se montre très réservé: «Sur le plan technique, ce genre d’événement requiert une préparation longue et méticuleuse. Il faut de six à dix mois de réunions avec les partenaires, de planification de la logistique, d’entretiens avec les CFF, la police et d’autres acteurs pour concevoir de tels spectacles. A cela, il faut encore ajouter le temps nécessaire pour la promotion. Au long de mes années d’activité, je n’ai jamais vu la mise en œuvre d’un stade de foot en un temps aussi restreint.»
Même avis chez Opus One, autre promoteur dans l’industrie du live en Suisse romande et initiateur du concert de Police dans la même enceinte en 2007. Son directeur Vincet Sager souligne le caractère «délicat, périlleux et étonnant de la venue de Prince à Genève. Des concerts de cette envergure se préparent beaucoup plus en amont.»
Alors que la prélocation des billets a attiré 4000 preneurs durant les premiers jours – une entame que Drieberg qualifie de décevante – les regards se posent désormais sur le producteur du spectacle, Daniel S. Carcoopone. Inconnu du cercle restreint des professionnels, ne paraissant sur aucun registre des organisateurs de spectacle, l’homme suscite la méfiance. Ce d’autant plus que, comme l’a révélé lundi le quotidien 20 Minutes, la société basée à Zoug Scent Air Switzerland, dont il était l’administrateur, a été mise en faillite en avril dernier.
Joint par téléphone, le mystérieux promoteur du concert se défend et attaque: «Je suis un inconnu et j’organise à Genève mon premier concert en absolu, il est vrai. Mais cela est insignifiant. Ce qui compte c’est que j’ai un partenaire, Frédéric Hohl, qui a une grande expérience dans l’organisation d’événement live et qui peut assurer toute la logistique de l’événement. Pour ce qui est des billets, je peux compter sur une agence de location aussi sérieuse que Resaplus. Si les autres promoteurs parlent autant de moi, c’est sans doute pour d’autres raisons: le manager de Prince m’a assuré qu’il avait d’autres offres en Suisse pour la même période. L’artiste m’a choisi et cela explique peut-être certaines réactions amères qu’on peut lire et entendre ces jours-ci.»
Actif dans l’événementiel ailleurs en Europe, Daniel S. Carcoopone aurait donc attrapé un très gros poisson dès sa première entrée dans le monde de la musique. L’étonnement grandit. Comment cela a été possible? «J’ai des contacts importants et très influents dans ce milieu, s’explique-t-il. Mais je peux affirmer que cette histoire a été tout sauf facile à mener. La signature du contrat a demandé beaucoup de patience et un travail acharné.» L’affaire conclue, Daniel S. Carcoopone ne se soucie guère du peu de temps qu’il lui reste aujourd’hui pour la concrétiser à Genève: «D’autres concerts sont encore moins bien lotis. Je crois savoir qu’à Berlin, on a annoncé la venue de Prince le même jour que nous, alors que le concert aura lieu une semaine avant le nôtre.»
La course contre la montre, ce sera désormais à Frédéric Hohl de la gagner. Mandaté par Carcoopone, il doit résoudre tous les tracas techniques et logistiques en un temps record. Ancien producteur ou organisateur de plusieurs événements (Revue de Genève, Expo.02, Fêtes de Genève…), il s’appuie, pour faire la promotion du concert de Prince, sur «Genève Foot», manifestation qui accompagnera le Mondial aux abords du Stade de Genève et dont il est l’organisateur. Pour tout le reste, il se mesure lui aussi à une première expérience d’envergure. Six mois de préparation concentrés en un seul: le filet est fragile et l’apprentissage n’admet pas d’erreurs.
Prince, Stade de Genève, le 12 juillet à 20h. (
http://www.resaplus.ch)