« Sign O’ The Times Super Deluxe », la réédition d’une des œuvres majeures de Prince, augmentée d’inédits et de lives sort enfin. 8 heures de musique non-stop et un DVD live d’une époque où Prince, qui n’a pas encore 30 ans, multiplie les projets et les sorties. Plus de 33 ans après sa sortie, « Sign O’ The Times » est encore considéré comme un des meilleurs albums des années 1980. Cette réédition remasterisée, accompagnée d’une vingtaine d’inédits et autant de versions alternatives qui donnent un aperçu des champs musicaux explorés par Prince, était un rêve pour les fans, qui comblaient ou alimentaient cette attente en écoutant des bootlegs avec une qualité sonore plus ou moins agréable.

Depuis sa disparition il y a quatre ans, deux autres albums ont déjà bénéficié d’un traitement « Deluxe » (« Purple Rain » et « 1999 ») en plus d’une collection des versions originelles de titres offerts à d’autres (« Originals »), de rééditions d’albums qu’il était jusque-là difficile d’acquérir et d’autres goodies pour tenter de combler notre manque. Peu de gestionnaires d’héritages d’artistes défunts ont été aussi productifs, en tentant de respecter au mieux son œuvre pour satisfaire les fans. La tâche n’est pourtant pas aisée, Michael Howe (l’archiviste de Paisley Park) et ses conseillers doivent jongler avec plusieurs éléments : pas de testament ni consigne (lorsque Prince a été questionné sur l’avenir des chansons stockées dans son coffre mythique et si elles allaient sortir un jour, il a simplement répondu : « d’autres s’en chargeront pour moi »), un nombre incalculable de bandes à restaurer et numériser (travail qui ne serait toujours pas finalisé à ce jour), une œuvre conséquente, un puzzle créatif, des versions multiples d’un seul et même titre, des chansons introuvables ou en mauvaise qualité, des complications légales et un public exigeant.

Cette réédition de « Sign O’ The Times » est décliné en plusieurs éditions :

  • Édition Super Deluxe (8 CD + 1 DVD ou 13LP + 1 DVD ou téléchargement et streaming des titres audio) qui contient l’album remasterisé, le disque « Promo mixes & B-sides », les trois volumes des « Vault Tracks », un concert audio (du 20 juin 1987 à Utrecht) et un DVD live (à Paisley Park le 31 décembre 1987).
  • Édition Deluxe (3 CD ou 4LP 180-grammes ou téléchargement et streaming) qui contient l’album remasterisé et le disque « Promo mixes & B-sides »
  • Album remasterisé (2 CD ou 2 LP 180-grammes couleur pêche ou téléchargement et streaming) qui contient l’album remasterisé.

Le livret de 120 pages accompagnant l’édition Super Deluxe est constitué de photos prises par Jeff Katz, de témoignages de Lenny Kravitz et Dave Chappelle (sous forme d’interviews avec le photographe Mathieu Bitton), Susan Rogers (l’ingénieure du son de Prince entre 1983 et 1987), Daphne Brooks et William Kenan, Jr., professeurs à l’Université de Yale (sur l’impact de Prince dans divers domaines sociaux), Andrea Swensson, l’animatrice de The Current (radio de Minneapolis) et du Podcast officiel de Prince. Duane Tudahl, le spécialiste Princier, s’est occupé des liner-notes, pour détailler les conditions d’enregistrement de chaque titre. Tudahl est l’auteur de l’incontournable « Prince and the Purple Rain Era Studio Sessions » qui chronique les années 1983 et 1984. Il travaille actuellement sur les années 1985 et 1986. Ce livre devait sortir cette année, ce qui aurait été un complément parfait à cette réédition, mais divers facteurs l’ont contraint à repousser la sortie à mars 2021.

Les éclairages de Wendy, Lisa et Eric Leeds sont intégrés dans les notes de Duane Tudahl. Ils participent également au podcast officiel créé pour promouvoir cette sortie. Les autres acteurs de la période 1986-1987 n’ont pas été mis à contribution et Cat a fait part de sa colère à ce sujet sur les réseaux sociaux. Elle a bien été sollicitée par l’Estate pour écrire quelque chose pour ce livret, mais sa réponse n’arrivant toujours pas, ils ont décidé de faire sans elle. L’argument de Cat : Ils auraient dû l’attendre car elle était beaucoup trop occupée à ce moment-là (pendant la période de la crise sanitaire et du confinement, signalons-le au passage).

Oyez!

Disc 1 & 2: Original Album (2019 Paisley Park Remaster)

Sign O’ The Times (5:02) / Play In The Sunshine (5:05) / Housequake (4:34) / The Ballad Of Dorothy Parker (4:04) / It (5:10) / Starfish And Coffee (2:51) / Slow Love (4:18) / Hot Thing (5:39) / Forever In My Life (3:38)

U Got The Look (3:58) / If I Was Your Girlfriend (4:54) / Strange Relationship (4:04) / I Could Never Take The Place Of Your Man (6:31) / The Cross (4:46) / It’s Gonna Be A Beautiful Night (8:59) / Adore (6:29).

La qualité du son était un des seuls reproches objectifs que l’on pouvait faire à cette œuvre magistrale. Bien qu’elle réponde aux standards de l’époque, nombreux sont les auditeurs réguliers qui se plaignent depuis plusieurs décennies du manque de profondeur et de puissance du son de cet album. Plusieurs autres disques de Prince ont essuyé des critiques similaires, et il semble que la haute-qualité sonore et la satisfaction des audiophiles n’étaient pas une préoccupation majeure pour lui. Même la tant attendue remasterisation de « Purple Rain » par Prince lui-même, aidé par Joshua Welton en 2015, et parue sur « Purple Rain Deluxe » en 2017 n’avait pas rempli toutes les attentes. De leurs côtés, certains fans se sont essayés à retravailler certains albums, dont « Sign O’ The Times » avec les moyens dont ils disposaient. Les résultats, obtenus principalement en boostant le volume, pouvaient être intéressants.

Cet impair est maintenant réparé puisque nous avons enfin droit à une vraie remasterisation faite par un des maîtres dans ce domaine, Bernie Grundman (Minneapolitain de naissance soit dit au passage) dans ses studios connus pour être à la pointe de la technologie. Grundman s’était déjà occupé du mastering de la version originale selon les désidératas de l’artiste et les exigences de l’époque. Après son travail sur le « 1999 Super Deluxe », nous pouvions légitimement nous attendre à une remasterisation de qualité.

Disc 3: Promo mixes & B-sides

Sign O’ The Times (Edit) (3:42) / La, La, La, He, He, Hee (3:21) / La, La, La, He, He, Hee (Highly Explosive) (10:31) / If I Was Your Girlfriend (3:46) / Shockadelica (3:30) / Shockadelica (Extended Version) (6:12) / U Got The Look (Long Look) (6:45) / Housequake (Edit) (3:24) / Housequake (7 Minutes MoQuake) (7:15) / I Could Never Take The Place Of Your Man (Fade) (3:39) / Hot Thing (Edit) (3:40) / Hot Thing (Extended Remix) (8:32) / Hot Thing (Dub Version) (6:53)

Comme pour le « Purple Rain Deluxe » et le « 1999 Super Deluxe », nous avons droit à une partie réservée aux versions édits (raccourcies), remixes et faces B parues sur les singles extraits de l’album. L’intégration de ces versions peut paraître dispensable concernant les versions édits (bien que réalisées ou supervisées par Prince lui-même), surtout lorsqu’elles ne contiennent pas d’éléments musicaux supplémentaires ou différents. Cela permet néanmoins d’avoir toutes les versions officielles de ces titres. L’intérêt est plus grand pour les faces B en versions longues et les remixes (« Housequake » et « Hot Thing »), qui ne sont jamais parus sur CD (« U Got The Look » version ‘long look’ l’avait déjà été sur la compilation « Ultimate » en 2006), et qui bénéficient eux aussi d’une remasterisation.

On peut néanmoins regretter l’absence de l’excellent remix d’ « Housequake (It’s Not My Fault Mix) » par Razormaid commandé par Warner et qui s’est retrouvé sur une compilation à tirage limité à destination des DJ’s. D’une durée de 7 minutes 45, il aurait plus tenir sur le CD.

Sinon, vu que ce volume est censé regrouper tous les édits, pourquoi ne pas avoir inclus celui d’ « Adore » ?

Beat the boots

Les inédits et de versions inédites constituent le plat de résistance de ce coffret. Ces 3 CD’s (6 vinyles) sont un nouveau témoignage de l’immense productivité de Prince, de la richesse et la variété de ses créations. Chaque année, Prince lançait plusieurs projets simultanément ou successivement, pour les mener à terme, les transformer ou les abandonner. Il enregistrait des chansons pour les intégrer dans des albums ou des faces B, pour répondre aux demandes d’autres artistes ou les donner à ceux de son label, comme cadeaux, pour vider son sac et parfois, voire souvent, sans but précis. Les sorties annuelles d’un ou deux albums sous son nom, de deux ou trois albums pour les artistes de ses labels (Paisley Park et NPG Records) et autres titres placés par-ci par-là ainsi que les enregistrements permanents durant une grande partie de sa carrière ont eu pour effet de saturer son légendaire coffre et de l’obliger à stocker des enregistrements dans la salle des trophées de Paisley Park.

Les bootlegs, les livres et les sites de référence nous ont donnés une idée du contenu de ce coffre, en particulier pour sa production des années 1980. Michael Howe, l’heureux archiviste de l’œuvre princière, a déclaré dans des interviews à l’occasion des sorties précédentes, être au fait de ce qui circule sur les bootlegs et Internet en termes d’inédits et versions alternatives. C’est un élément qu’il prend en compte avec ses consultants, sans que cela soit le critère de décision principal. Après tout, on ne peut pas reprocher aux gestionnaires du patrimoine princier de sortir officiellement des titres qui étaient déjà disponibles de façon illégale (suite à des vols ou négligences de la part de Prince ou son entourage). Cet univers parallèle permet d’appréhender par le trou de la serrure l’étendue de son œuvre et les recherches faites par les fans les plus passionnés permettent de rassembler les pièces du puzzle.

L’annonce des titres qui composaient ce coffret ont suscité des réactions d’enthousiasme chez les fans, mais aussi des critiques du genre « on a déjà ça » ou « tel ou tel titre n’a rien à faire sur ce disque, ça appartient à la période « Parade » ». Prince de son vivant subissait lui aussi ce genre de critiques de la part de fans perpétuellement insatisfaits qui épluchaient les bootlegs et critiquaient ses albums officiels. Ses réponses en chansons (« P. Funk » et « Love ») sont suffisamment éloquentes. Le triple album « Crystal Ball » sorti en 1998 était aussi construit comme un bootleg avec des enchaînements volontairement imprécis parfois, une impression de fourre-tout incohérent. Avant lui, Frank Zappa voulait lui aussi dissuader ses fans d’acheter des albums pirates en publiant « Beat The Boot ».

Les sorties posthumes, qu’on espère nombreuses, ont reçu ou recevront toujours les mêmes critiques :

  • Prince n’aurait pas voulu ça,
  • On a déjà plus de la moitié de ces titres,
  • Il manque ci et il manque ça,
  • Ils ont trafiqué les morceaux,
  • Tel ou tel titre n’a rien à faire là,
  • Telle ou telle autre version qu’ils n’ont pas choisie est meilleure,
  • Si c’était moi, j’aurais choisi ça, ça et ça, ça aurait été plus intéressant….

Le tout suivi du sempiternel : « c’est quoi le prochain? Et c’est pour quand ? J’ai des idées. »

Tout cela fait partie de l’univers des fans avec lequel les gestionnaires doivent composer et avancer (en plus du casse-tête sur la répartition des droits entre Warner et Sony) car c’est à eux que s’adresse ce genre de coffret gigantesque et coûteux. Mais même cette portion de fans irréductibles ne peut bouder son plaisir à l’écoute de ce que nous offre ce coffret truffé de belles surprises et qui nous propose enfin de réécouter ce que l’on connait déjà avec une qualité sonore supérieure.

La suite de cet article ne cherche pas à émettre une critique positive ou négative du contenu, mais donner un éclairage sur cette sélection en reposant le contexte et en faisant une comparaison avec ce qui circulait déjà sur les bootlegs et le Net.

Prince & The Evolution

« Sign O The Times » est le fruit d’une année de travail acharné riche en projets et albums avortés. La colonne vertébrale de l’album de 1987 est la synthèse de plusieurs albums bien connus des consommateurs de bootlegs : « Dream Factory » (avec The Revolution), « Camille » et « Crystal Ball ». « Dream Factory » contenait lui-même des titres enregistrés à l’époque où Prince construisait « Parade », ce qui explique la présence de «All My Dreams» et « Wonderful Day » notamment. Si Prince a sorti l’immense majorité des titres prévus pour ces albums simples, doubles ou triples (voir notre article consacré à l’évolution de ces albums), cette édition Super Deluxe permet d’avoir enfin tous les titres prévus à un moment ou un autre pour ces projets qui étaient restés dans le coffre (Wonderful Day, Big Tall Wall, And That Says What?, A Place In Heaven, Witness 4 The Prosecution, All My Dreams, Colors, Nevaeh Ni Ecalp A, Teacher, Teacher et The Ball).

Les titres sont classés majoritairement par ordre chronologique et s’étendent de mai 1979 à janvier 1987 (plus la seconde version de « Big Tall Wall » enregistrée en juillet 87). Les chansons ou versions datant essentiellement de 1986 ont été enregistrées entre son home-studio et le studio Sunset Sound de Los Angeles, qui était son QG avant l’ouverture de Paisley Park (il squattait tellement ce studio entre 1982 et 1986 qu’il s’y est fait installer un lit pour y dormir de tant en temps). Une grande partie de ces morceaux n’était pas envisagée pour « Sign O The Times », tout simplement parce que Prince était hyper-prolifique et qu’il n’hésitait pas à revisiter ou faire revisiter des chansons mises de côté. Ces trois disques inédits nous offrent un panorama de ce qu’il pouvait faire en studio :

  • enregistrer en solo, avec son groupe (The Revolution) ou un groupe hybride (pour « In A Large Room With No Light »),
  • faire suffisamment confiance aux talents de Wendy & Lisa pour les laisser travailler seules sur ses morceaux,
  • réenregistrer en totalité des chansons créées il y a plusieurs années ou depuis quelques mois seulement, les revisiter pour les dépouiller ou ajouter des éléments,
  • couvrir plusieurs styles musicaux, en allant du rock au gospel en passant par la pop et le funk,
  • composer pour lui ou pour d’autres en se mettant dans la peau d’une femme,
  • laisser libre court à son imagination, tester, se remettre en question,
  • avoir suffisamment de recul et de lucidité pour choisir ce qui doit sortir ou pas.

Ce dernier point est souvent l’objet de discussions entre fans. Pourquoi n’a-t’il pas sorti tel titre alors que c’est un bijou ? La réponse n’est pas toujours dans le « pourquoi », mais dans le « comment ». Il faut se souvenir que durant ces années, Prince sortait déjà un album par an, alors que les autres artistes de son calibre sortaient un album tous les 2, 3, 4 voire 5 ans. A cela, il faut ajouter les faces B et les albums ou chansons individuelles pour d’autres. Entre 1984 et 1992, Prince sortait en moyenne autour de 30 chansons par an. Ses albums n’étaient pas de simples compilations de titres, mais des ensembles cohérents, fluides, avec peu de chansons faibles ou qui ne semblaient pas être à leurs places. Ils étaient pensés jusqu’au séquençage et à la pochette, le tout représentant l’image qu’il voulait donner au public à ce moment-là. A cela s’ajoute la contrainte des supports physiques de l’époque, quand les faces de disques ou de cassettes dépassaient rarement 25 minutes tout en s’assurant que la face A et la face B aient des durées équivalentes.

L’avantage des compilations d’inédits et versions alternatives comme celles-ci, permettent de voir la variété des chemins empruntés entre les sessions de « Parade » et le shooting de la photo qui servira de pochette à l’album « Sign O’ The Times » . On y voit aussi les coups d’avance qu’il se réserve : Avant chaque sortie d’album, Prince avait déjà commencé l’enregistrement de titres qui se retrouveront sur le suivant. Pour « Sign O’ The Times », l’ombre du « Black Album » planait déjà et on en trouve un indice avec « Walkin’ In Glory » sur cette édition Super Deluxe.

Disc 4: Vault Tracks part 1

Le premier volume des Vault Tracks se concentre essentiellement sur les titres enregistrés ou prévus pour le dernier album de Prince & The Revolution : « Dream Factory ». Ce double album, qui regroupe des chansons créées ou retravaillées entre 1985 et 1986, a été finalisé le 18 juillet 1986 puis abandonné quand Prince a décidé de se séparer de The Revolution quelques mois plus tard.

« Dream Factory » était le projet le plus collaboratif de Prince jusqu’alors, laissant une large place à Wendy & Lisa pour étendre son horizon musical. Dans l’intervalle, il gère la promotion de l’album « Parade » sorti en mars 1986 (alors qu’il était quasiment terminé depuis l’année précédente), finalise son film « Under The Cherry Moon » et prépare des titres pour le troisième album de Sheila E. et celui de Miles Davis. Quand sa relation amoureuse avec Susannah (et quelques autres) lui laisse un peu de temps libre, il enregistre quelques chansons dans son home-studio sans objectif précis, juste pour se vider la tête.

  1. I Could Never Take The Place Of Your Man (1979 Version) (3:12)

La partie des inédits et versions inédites commence par une belle surprise. La première version de « I Could Never Take The Place Of Your Man » dont on ignorait jusque là qu’elle avait été écrite et enregistrée une première fois en 1979, soit entre ses deux premiers albums (des sources avaient estimé qu’elle datait de 1982 au plus tôt). Les bases mélodiques sont là, les paroles contiennent quelques légères différences, mais le riff descendant et le solo de guitare sont absents. Prince a réenregistré le titre en totalité en 1986 pour « Dream Factory » et n’a rien conservé de la version originale. On peut noter que sur cette version de 1979, qui n’était présente sur aucune configuration connue de l’album éponyme, Prince chante avec sa voix « normale » sur tout le titre et non en falsetto. Ça en fait donc l’enregistrement connu le plus ancien avec cette caractéristique.

Quelques fans ont douté de la datation de cette version présente sur le coffret en estimant qu’elle était plus proche du son de « Dirty Mind » (enregistré en 1980) que du second album (enregistré en 1979). Cette version inédite n’avait jamais fuité sur bootleg ou sur le Net contrairement à la version plus longue de 1986 (pour « Dream Factory ») ainsi qu’un remix sous-titré ‘Joey Coco Mix’ supposé de 1986 également.

  1. Teacher, Teacher (1985 Version) (3:07)

L’édition Super Deluxe de « 1999 » parue l’année dernière nous avait présenté « Teacher Teacher » dans sa version initiale de 1982, chantée et jouée par Prince en solo. Cette version était inconnue des fans, contrairement à celle de 1985 qui circule sur des bootlegs depuis plus de deux décennies. Prince l’a confiée à Wendy & Lisa pour qu’elles apportent leurs touches en vue de l’intégrer à « Dream Factory ». Les ajouts instrumentaux et vocaux des musiciennes donnent une autre saveur à cette chanson.

  1. All My Dreams (7:23)

Ce bijou, qui a contribué à aiguiser l’appétit des fans et les rendre accrocs et avides de bootlegs depuis 30 ans, sort enfin. Enregistrée en 1985 (le jour où il a finalisé « Kiss » et seulement une semaine après la sortie de l’album « Around The World In A Day »), « All My Dreams » a été placée sur une configuration de « Parade », en piste finale avec une intro calée sur les dernières notes de « Old Friends 4 Sale ». Bien qu’elle s’insérait parfaitement sur la B.O. de « Under The Cherry Moon », Prince la retire mais ne l’oublie pas et la place un an plus tard sur « Dream Factory » (avec une intro ‘propre’, et encore une fois en tant que dernier titre de l’album).

L’empreinte de Wendy & Lisa, l’ambiance « Under The Cherry Moon » et la durée du titre peuvent peut-être expliquer la non-sortie de cette chanson sur les albums de Prince une fois séparé de The Revolution. Il samplera une partie vocale pour « Acknowledge Me », mais ne placera jamais cette chanson sur les albums ‘archives’ « Crystal Ball » (compilation d’inédits sortie en 1998 qui a peu de choses à voir avec l’album de 1986) et « The Vault…Old Friends 4 Sale ».

Que dire sur ce morceau que Prince n’a jamais chanté en concert (alors qu’on peut imaginer des arrangements de cuivres supplémentaires et un chant à l’unisson des trente dernières secondes) ? Rien, à part l’écouter, la réécouter, savourer et regretter. Cette version est identique à celle disponible sur des supports illégaux.

« All My Dreams » aurait pu faire partie d’un « Parade Super Deluxe », mais son intégration dans « Sign O’ The Times Super Deluxe » s’explique par son appartenance au projet « Dream Factory ». Cela permet par la même occasion de regrouper et sortir tous les titres encore inédits prévus pour cet album de Prince & The Revolution sur un seul et même support. Prince l’avait envisagée comme dernier morceau des albums qu’il était en train de concevoir, mais l’Estate a fait le choix (compréhensible) de compiler les titres par ordre chronologique.

  1. Can I Play With U? (featuring Miles Davis) (6:29)

Le coffre est connu et commenté au-delà du cercle des fans princiers depuis une trentaine d’années, et les sessions avec Miles Davis reviennent souvent dans les discussions (voir notre article sur le sujet.) Contrairement à la légende savamment entretenue, la liste des titres sur lesquels on retrouve Prince et Davis ensemble est limitée, et un de ces rares enregistrements finalisés est enfin libéré officiellement. « Can I Play With U ? », qui date de fin 1985, était prévu pour l’album de Davis « Tutu », mais Prince a estimé qu’il n’était pas dans le style de l’album après avoir écouté les autres titres.

De leurs vivants, le seul morceau sorti avec ces deux musiciens est « Sticky Wicked », offert par Prince à Chaka Khan. Cette dernière a pris l’initiative de contacter Davis pour qu’il y ajoute sa trompette après coup. Prince a été approché par les héritiers de Davis après son décès en 1991, mais il refusa de lâcher « Can I Play With U ? » sur une compilation posthume, estimant cette fois-ci que ce morceau ne représentait pas la meilleure facette de Miles.

« Can I Play With U ? » circule sur des bootlegs depuis la fin des années 1980. Plusieurs versions alternatives sont apparues avec le temps, plus longues avec des parties vocales et instrumentales ajoutées par Prince, Miles ou ses musiciens chacun de leurs côtés. La version présente sur « Sign O’ The Times Super Deluxe» était disponible depuis 2017 sur un bootleg qui contient trois autres versions plus ou moins différentes.

  1. Wonderful Day (Original Version) (3:47)

La chanson « Wonderful Day » circule depuis une paire de décennies sous le nom de « It’s A Wonderful Day » sur des bootlegs de différentes configurations de « Dream Factory ». La version que nous avions jusque-là était chantée par Wendy & Lisa. Celle qui est proposée sur ce premier disque d’inédits est la version initiale chantée par Prince. Avec sa rythmique particulière, ce morceau peut rebuter ou intriguer et rendre addictif. Deux parties instrumentales extraites de ce titre ont été insérées dans le film « Under The Cherry Moon », ce qui fait que ce titre enregistré début 1986 aurait très bien pu être intégré dans un « Parade Super Deluxe » comme « All My Dreams ». Mais sa place dans une configuration initiale de « Dream Factory » justifie ce choix.

Une autre version longue avec Wendy & Lisa aux manettes, nommée « 12’’ mix », est présente à la fin du troisième disque d’inédits (séquencé ainsi pour éviter une lassitude à l’écoute probablement). Cette seconde version est également différente de celle disponible sur divers bootlegs qui contenaient la version de 3 minutes 41 prévue pour « Dream Factory ».

Quelques jours après l’enregistrement de cette version, « Kiss » sort en tant que premier single pour l’album « Parade ». Mais comme on le voit, Prince est déjà sur autre chose.

  1. Strange Relationship (Original Version) (6:41)

Le deuxième titre présent sur l’album « Sign O’ The Times » présenté en version alternative datée de 1985 est « Strange Relationship » (un des rares titres sur cette série de Vault tracks pour lesquels la chronologie n’est pas respectée). La mention « (Original Version) » est incorrecte puisque la première version date de 1983. Prince a confié ce titre à Wendy & Lisa pour qu’elles finalisent ce titre à leur goût. Il a ensuite retenu certains de leurs ajouts pour « Sign O’ The Times ». C’est un des rares titres dont l’incarnation finale et officielle a été placée sur les projets « Dream Factory », « Camille » et « Crystal Ball » . Celle de cette édition Super Deluxe est plus longue que celle qui circulait depuis trente ans sur les boots. La/les version(s) studio antérieure(s) à 1985 (sans les apports de Wendy & Lisa) est/sont toujours inconnue(s).

  1. Visions (2:18)

« Visions », composition de Lisa seule au piano, devait faire l’ouverture de « Dream Factory ». Elle était déjà parue sur des éditions du troisième album de Wendy & Lisa « Eroica » (1990) sous le nom « Minneapolis #1 ». Son intégration dans ce Super Deluxe, dans la partie réservée aux inédits et versions inédites est d’un intérêt limité puisque c’est la même version que celle sortie trente ans auparavant et ressortie sur l’édition Deluxe de « Eroïca » en 2017.

  1. The Ballad Of Dorothy Parker (With Horns) (4:56)

Le troisième titre présent sur l’album « Sign O’ The Times » présenté dans une version alternative est « The Ballad Of Dorothy Parker » avec Eric Leeds au saxophone. Prince lui avait demandé d’enregistrer une partie de cuivres sur cette chanson pour voir ce que ça pouvait donner. Visiblement pas convaincu du résultat, il ne la retiendra pas pour l’album. « The Ballad Of Dorothy Parker » a aussi été envoyée à Clare Fischer pour qu’il y ajoute une section de cuivres, non retenue finalement. Aucune de ces versions ne circulaient/ne circulent sur bootlegs, pas plus qu’une autre version plus longue créée pour un maxi-single (Prince a envisagé sortir « The Ballad Of Dorothy Parker » en single mais a changé d’avis et préféré « I Could Never Take The Place Of Your Man »).

« The Ballad Of Dorothy Parker » a été le premier titre enregistré par Prince avec une nouvelle console qu’il venait de faire installer dans son home-studio. Le son particulier de ce titre est dû à une erreur de branchement et plutôt que de retravailler le morceau, Prince a préféré conserver cet ‘accident’ de studio.

  1. Witness 4 The Prosecution (Version 1) (3:59)

Trois versions de « Witness 4 The Prosecution » étaient accessibles via les bootlegs et le Net. La version initiale a été enregistrée par Prince seul. Il l’a confiée à Wendy & Lisa pour qu’elles y apportent leur touche avec Eric Leeds. Cette seconde version a été retenue pour « Dream Factory » et figure donc sur « Sign O’ The Times Super Deluxe » avec la mention « Version 1 ». La troisième version, réenregistrée quelques mois plus tard et labellisée « Version 2 » figure sur un autre disque de ce coffret.

La « Version 1 » de ce Super Deluxe est identique à celle que l’on connaissait précédemment.

  1. Power Fantastic (Live In Studio) (7:18)

« Power Fantastic » figurait temporairement sur une configuration de « Dream Factory » et a été placée dans la compilation « The Hits / The B-Sides » sortie en 1993. La version « Live In Studio » présente sur « Sign O’ The Times Super Deluxe » a en fait été enregistrée dans les mêmes conditions que la version que l’on connaissait déjà, à savoir dans sa résidence de Galpin Boulevard avec son groupe. « Power Fantastic » est basée sur un instrumental composé par Wendy & Lisa intitulé « Carousel ».

Il s’agit d’une des toutes premières prises avec Prince qui donne des instructions au groupe. L’introduction musicale a été conservée (contrairement à la prise différente présente sur « The Hits / The B-Sides » sur laquelle l’introduction a été supprimée). Ce n’est qu’en 2020, pendant un DJ-set de Questlove sur ses réseaux sociaux que nous avons eu un aperçu de cette prise dite « Live In Studio ». La seule autre version qui avait fuité était celle « The Hits / The B-Sides » avec la fameuse introduction d’Atlanta Bliss qui avait fait tourner les têtes (voir notre article sur Miles Davis).

  1. And That Says What? (1:50)

L’instrumental « And That Says What? » était sur la configuration initiale de « Dream Factory », mais n’était pas disponible par d’autres moyens. Ce morceau est dans la lignée de ceux enregistrés l’année suivante pour le second album de Madhouse (« 16 »).

  1. Love And Sex (1986 Version) (4:11)

« Purple Rain Deluxe » contenait une chanson intitulée « Love And Sex », qui était totalement différente (paroles et musique) de celle-ci, pourtant présentée comme la version de 1986, ce qui peut prêter à confusion. Ce nouveau titre été enregistré pour le troisième album de Sheila E. (son interprétation, moins brouillonne au point qu’on pourrait croire que c’est aussi une troisième composition avec le même titre, est disponible depuis quelques temps). Cette chanson ne sera finalement pas retenue pour le troisième album de la batteuse.

  1. A Place In Heaven (Prince Vocals) (2:57)

« A Place In Heaven » est connue depuis les premiers bootlegs et est souvent accompagnée par « Movie Star », un autre titre enregistré à cette période. Trois versions étaient disponibles, la première chantée par Prince, la seconde par Lisa (pour « Dream Factory »). Les deux interprétations sont incluses dans le Super Deluxe à l’identique de ce que l’on connaissait. La troisième version se trouve un peu plus loin sur ce disque.

L’album « Parade » sort quelques jours après l’enregistrement de ce titre. Porté par le succès de « Kiss », « Parade » atteint la troisième place du classement des albums ‘pop’ aux Etats-Unis (derrière Van Halen et Whitney Houston) et la deuxième place du classement des albums ‘black’ (derrière « Control » de Janet Jackson, produit par Jimmy Jam & Terry Lewis).

  1. Colors (1:01)

Une séquence de « Dream Factory » était dédiée à Wendy, à l’image de « Visions » de Lisa. « Colors » est un simple interlude à la guitare jouée par Wendy et a porté différents noms sur les bootlegs (« Wendy » et « Interlude »).

L’idée de séquences instrumentales portant le nom d’un de ses musiciens sera reprise pour un troisième album de Madhouse, toujours inédits.

  1. Crystal Ball (7″ Mix) (3:29)

Alors qu’on pouvait s’attendre à avoir au moins une des versions alternatives connues sur boots depuis des lustres (ce morceau est sorti sur l’album archive du même nom en 1998), Michael Howe a déniché une version raccourcie dont on ne soupçonnait pas l’existence. Mise à part cette surprise, cela reste une version raccourcie d’une chanson épique d’une dizaine de minutes riche en rebondissements.

Quelques jours après « Crystal Ball », Prince enregistre « Starfish And Coffee ».

  1. Big Tall Wall (Version 1) (5:58)

Deux versions de « Big Tall Wall » sont incluses dans « Sign O’ The Times Super Deluxe ». Seule la « Version 2 » minimaliste (Linn drum, voix et guitare) était connue et référencée. On découvre grâce à ce coffret la « Version 1 », plus riche en arrangements. Ce premier enregistrement était placé sur une configuration de « Dream Factory ». La « Version 2 », enregistrée en juin 1987 était prévue pour un autre album resté inédit de 1988 intitulé « Rave Unto The Joy Fantastic » (qui n’a rien à voir avec l’album « Rave Un2 The Joy Fantastic » de 1999 à un titre prés).

  1. Nevaeh Ni Ecalp A (2:33)

Cette version inversée jusqu’au titre de « A Place In Heaven » devait être une séquence de l’ultime album avec The Revolution. Elle est différente de celle qui existe sur bootleg (qui contient divers effets et voix supplémentaires).

A la fin du mois d’avril, l’album « Dream Factory » prend une première forme avec les titres suivants :

Visions / Dream Factory / Wonderful Day / The Ballad Of Dorothy Parker / Big Tall Wall / And That Says What?

 Strange Relationship /Teacher, Teacher / Starfish And Coffee / A Place In Heaven / Sexual Suicide.

A ce stade, c’est un album simple. « Sexual Suicide » date de l’été 1985. La chanson « Dream Factory » a été écrite suite au départ de Saint-Paul (Peterson) de The Family fin 1985. Ces deux morceaux seront inclus dans la compilation « Crystal Ball » en 1998. Une autre configuration de « Dream Factory » est élaborée un mois après celle-ci.

  1. In A Large Room With No Light (3:27)

Placée sur une configuration de « Dream Factory », « In A Large Room With No Light » a plusieurs caractéristiques. Elle a été enregistrée avec un groupe hybride proche de la configuration de The Flesh, avec des membres de The Revolution et du groupe de Sheila E. dont Levi Seacer Jr qui jouera un grand rôle dans le travail en studio à partir de la fin des années 1980. Cette chanson s’est retrouvée sur des bootlegs dès la fin des années 1980.

Alors que le titre initial est « Life Is Like Looking For A Penny In A Large Room With No Light », les bootleggers ont considéré, par manque d’information, que le titre était « Welcome 2 The Ratrace ». Deux musiciens, fans de Prince, ont repris cette chanson sur leurs albums dans les années 2000 (Illegal Aliens sous le nom « Rat Race » sur leur album « International Telephone » puis Wil Kay sous le nom « Welcome 2 The Rat Race » en 2009) sans accord particulier conclu avec Prince. Ces albums ayant eu des sorties confidentielles, ils étaient probablement passés sous ses radars (entre-temps, la reprise par Wil Kay a été retirée des plateformes digitales).

Prince a réenregistré le titre avec son groupe de 2009 (John Blackwell, Renato Neto et Rhonda Smith) sans aucune section de cuivres, qui est pourtant un élément majeur de la version de 1986. Cette version a été diffusée uniquement sur le site du festival jazz de Montreux, en cadeau supplémentaire à ses fans qui allaient assister aux concerts exceptionnels qu’il allait donner cette année-là.

Entre mai et juin, Prince donne quelques concerts avec The Revolution aux Etats-Unis. Il enregistre « It » et « Slow Love » ainsi que d’autres titres pour un projet de comédie musicale (voir « It Ain’t Over ‘Til The Fat Lady Sings »). Une deuxième configuration de « Dream Factory » est préparée, transformant le projet en double-album. Celle-ci contient « Last Heart », enregistrée en janvier 86 et qui sera intégrée dans la compilation-archives « Crystal Ball » de 1998 : 

Visions / Dream Factory / Wonderful Day / The Ballad Of Dorothy Parker / It

Strange Relationship / Teacher, Teacher / Starfish And Coffee / Colors / In A Large Room With No Light / Nevaeh Ni Ecalp A / Sexual Suicide

Crystal Ball / Power Fantastic

Last Heart / Witness 4 The Prosecution / Movie Star / A Place In Heaven / All My Dreams.

 

Début juillet, le film « Under The Cherry Moon » sort dans les salles de cinéma aux Etats-Unis. 

Disc 5: Vault Tracks part 2

Le deuxième volume des Vault Tracks couvre la période allant de juillet à début octobre 1986. Durant ces quatre mois, Prince, qui venait d’avoir 28 ans, finalise le double album « Dream Factory » pour l’abandonner quelques semaines plus tard, se lance brièvement dans un projet de comédie musicale (intitulé elle aussi « Dream Factory »), prépare encore des titres pour le troisième album de Sheila E., gère la promotion de son film « Under The Cherry Moon », donne des concerts aux Etats-Unis, part en tournée en Europe et au Japon, remercie Wendy & Lisa, et dissout par la même occasion son groupe The Revolution.

Comme il lui reste un peu de temps, il enregistre quelques morceaux à droite à gauche, pour se vider la tête ou les mettre sur un futur album qu’il imagine triple. Pour l’épauler en studio, il fait de plus en plus appel à Eric Leeds et Atlanta Bliss. Pendant un moment d’ennui, il commence à rédiger un script pour un nouveau film.

  1. Train (4:22)

« Train » est un des derniers titres enregistrés pour l’album « Dream Factory », un mois avant le Parade Tour européen. Cette chanson trouvera finalement sa place sur l’album de Mavis Staples « Time Waits For No One » sorti en 1989.

Cette version de « Train » est identique à celle présente sur les bootlegs depuis les années 1990.

  1. It Ain’t Over ‘Til The Fat Lady Sings (2:21)

L’instrumental « It Ain’t Over ‘Til The Fat Lady Sings » (offert ici dans sa version complète, contrairement aux boots) était destiné à un projet dont seul Prince semblait connaitre les contours : une comédie musicale appelée elle aussi « Dream Factory », mais qui n’aurait rien à voir avec l’album du même nom.

Bien que cette idée, lancée vers la fin des sessions de ce fameux album, ait été rapidement abandonnée (en un mois apparemment), Prince a eu le temps d’enregistrer ou réenregistrer au moins cinq titres pour ce spectacle : « It Ain’t Over ‘Til The Fat Lady Sings », « Data Bank », « Girl O’ My Dreams », « Can’t Stop This Feeling I Got » et « We Can Funk ». Ces quatre derniers titres, en particulier « Data Bank » et « We Can Funk », sont bien connus des fans et servent souvent de références lorsqu’il s’agit de comparer les versions officielles et les versions inédites pour tenter d’expliquer que Prince ne faisait pas toujours de bons choix. La version de The Time de « Data Bank » et celle de « We Can Funk » parue sur « Graffiti Bridge » ont souffert de cette comparaison, les prises de 1986 étant jugées largement supérieures par beaucoup. Et il est compliqué d’expliquer ou justifier l’absence de ces titres sur cette édition Super Deluxe (tout comme celle de la version inédite de « Joy In Repetition » avec sa fameuse introduction), d’autant plus qu’ils constituent probablement les derniers vrais enregistrements studio faits avec The Revolution au complet. On peut tenter de se rassurer en espérant que l’Estate nous garde tout cela au chaud pour un éventuel « Graffiti Bridge Super Deluxe ».

« It Ain’t Over ‘Til The Fat Lady Sings » avec son ambiance de fête foraine (un peu comme « Being For The Benefit Of Mr. Kite! » des Beatles) témoigne de la place grandissante que prenait Eric Leeds en studio dans le groupe durant cette année (c’est même lui qui a donné ce nom a cet instrumental) jusqu’à ce qu’il forme un binôme avec Prince et sortent des albums sous le nom de Madhouse. Il est présent sur quasiment tous les titres à suivre des deux volumes de « Sign O’ The Times Super Deluxe » alors que Wendy & Lisa s’effacent peu à peu.

  1. Eggplant (Original Prince Vocal) (5:18)

« Eggplant » circulait sous une version différente chantée par Wendy & Lisa qui n’est toujours pas sortie officiellement. Comme pour « Wonderful Day » et « A Place In Heaven », la mention « Original Prince Vocal » laisse imaginer au fur et à mesure qu’on lit la tracklist que nous aurons droit à une autre version sur ce coffret (par Wendy & Lisa en l’occurrence), mais ce n’est pas le cas. Les différentes recherches n’ont pas permis de déterminer pour quel projet ce titre était destiné initialement.

« It Ain’t Over ‘Til The Fat Lady Sings » et « Eggplant » semblent être les derniers morceaux originaux de Prince sur lesquels Wendy & Lisa ont travaillé en studio en tant que membres de The Revolution. Dans les semaines et mois suivants, Prince travaille seul et ne fait appel qu’à Eric Leeds & Atlanta Bliss pour enrichir ses œuvres, ainsi qu’à Susannah et Jill Jones pour faire les chœurs. Ont suivi les séances de répétitions (documentées ici par « Soul Psychodelicide »), les concerts du Parade Tour (avec l’enregistrement live de « It’s Gonna Be A Beautiful Night » au Zénith de Paris) et la dissolution du groupe.

  1. Everybody Want What They Don’t Got (2:08)

« Everybody Want What They Don’t Got » est identique à ce qui est trouvable sur le Net depuis quelques années. Ce petit bijou pop, qui évoque les Beatles période « Sergent Pepper » / « Magical Mystery Tour », ne semble pas avoir été prévu pour un projet particulier et a été enregistré le même jour que « The Cross ». Les paroles du morceau ont été publiées dans le livre photo de Claude Gassian « Neo Manifesto » en 1994, avant d’être proposé aux fans pour intégrer le projet « Crystal Ball Volume 2 » dans les années 2000 (voir notre article sur les albums inédits).

  1. Blanche (5:36)

Comme les deux chansons précédentes, on peut résumer la création de « Blanche » à « un autre jour pour Prince = une autre chanson » avec la particularité que celle-ci a été enregistrée le même jour que « Sign O’ The Times ». Un jour, deux ambiances. Quelques heures après avoir posé ce morceau qui deviendra un de ses classiques, Prince enchaîne avec ce titre déjanté et ses accents Sly Stoniens, comme pour se défouler. Le cri récurrent peut faire penser à « Days Of Wild ».

« Sign O’ The Times » est la dernière chanson enregistrée pour « Dream Factory ». Le lendemain, Prince enregistre « Joy In Repetition ». Quelques jours plus tard, la dernière configuration de « Dream Factory » est construite : 

Visions / Nevaeh Ni Ecalp A / Dream Factory / Train / The Ballad Of Dorothy Parker / It

Strange Relationship / Slow Love / Starfish And Coffee / Colors / I Could Never Take The Place Of Your Man

Sign O’ The Times / Crystal Ball / A Place In Heaven

Last Heart / Witness 4 The Prosecution / Movie Star / The Cross / All My Dreams.

  1. Soul Psychodelicide (12:36)

Dernier titre présent sur cette compilation sur lequel on retrouve Wendy & Lisa et l’ensemble des membres de The Revolution : « Soul Psychodelicide ». Est-ce vraiment une chanson (dans le sens couplets et refrains) ? Mentionnée dans les paroles de « Joy In Repetition », on pouvait penser que c’était le cas, mais c’est un ‘juste’ un jam. Ces douze minutes sont un extrait d’une session d’une heure trouvable sur un bootleg sorti il y a plus de dix ans. Les raisons qui ont conduit à inclure cette session dans un disque d’inédits studio ne sont pas simples à deviner, surtout si c’est pour la tronquer. Ce jam arrive comme un cheveu sur la soupe, alors que cette place aurait pu être donnée à deux ou trois autres inédits ou versions inédites supplémentaires.

Prince reprendra ce titre trois ans plus tard pendant les sessions de « Graffiti Bridge » afin d’en faire une vraie chanson, complètement différente, sur laquelle il mettra Kim Basinger et George Clinton à contribution.

  1. The Ball (4:22)

Le seul titre prévu pour « Crystal Ball » qui était encore inédit sort enfin, dans une version identique à celle que l’on connaissait déjà par d’autres voies. Prince l’a retravaillée pour en faire « Eye No » sur « Lovesexy », ce qui explique peut-être pourquoi elle est restée dans le coffre.

  1. Adonis And Bathsheba (5:27)

Ce slow, précurseur de « Adore » et « Crucial », n’a semble-t-il été intégré dans aucun projet de l’époque. « Adonis And Bathsheba » a connu un parcours similaire à celui de « Everybody Want What They Don’t Got » : publication des paroles dans un magazine des années 1990 (‘10,000’ vendu exclusivement dans les NPG Stores), puis proposée aux fans pour intégrer le projet « Crystal Ball Volume 2 » en 2000 avant de fuiter sur le Net dans une version identique à celle du coffret.

  1. Forever In My Life (Early Vocal Run-Through) (6:25)

Le quatrième titre présent sur l’album « Sign O’ The Times » offert dans une version alternative dans ce coffret est « Forever In My Life » (enregistrée le lendemain de « Hot Thing »). Cette prise inconnue jusqu’à maintenant est moins dépouillée que la version finale (qui comme « Big Tall Wall » se limite à une Linn Drum, une guitare et des voix). L’emprunt volontaire à « Everyday People » de Sly & The Family Stone est encore plus évident avec l’apport du piano (le même jour, il enregistre la chanson « Make Your Mama Happy » marquée elle aussi par l’influence de Sly). Autre différence notable : le positionnement des différentes voix. Sur cette version, les chœurs se superposent ou suivent la partie vocale principale (comme dans toutes les chansons conventionnelles). Sur la version de l’album, les chœurs précèdent le chant principal. Selon Susan Rogers, ce décalage est dû à une erreur au moment du mix. Prince a aimé l’effet de cet ‘accident’ de studio et a choisi de garder ce mix.

Au moment où il enregistre ce titre, Prince est à une croisée de chemins. Lorsqu’on lui a demandé qui était la source d’inspiration des paroles de « Forever In My Life », Prince a cité Susannah. Elle tenait une place de plus en plus grande dans sa vie, et imaginait faire sa vie avec elle. Ce bonheur était contrebalancé par des tensions au sein de son groupe. Il réussit de justesse à retenir Brownmark, déçu par la façon dont Prince s’est approprié le groupe Mazarati et l’a transformé alors qu’ils étaient ses poulains. Et l’histoire de « Kiss » semble être la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. En 1985, Prince avait donné à Mazarati une démo d’une minute sur laquelle il chante un couplet et un refrain de ce qui deviendra « Kiss », accompagné seulement d’une guitare. Brownmark et David Z. Rivkin (ingénieur du son, producteur et grand frère de Bobby Z.) transforment ce petit blues en un morceau funk à fort potentiel pour Mazarati. Prince, en écoutant cette nouvelle version, estime que c’est trop bon pour ce groupe et décide de la garder pour lui. Mais, lorsque la chanson sort en février 1986, il « oublie » de créditer correctement le travail de production apporté par David Z. (crédité uniquement comme arrangeur) et celui de Brownmark (absent des crédits). Rivkin est suffisamment expérimenté pour savoir que son rôle ne s’est pas limité aux arrangements. Il l’a fait savoir à Prince et n’a pas gobé le charabia qu’il lui a répondu à propos d’un soi-disant accord avec la Warner. Il s’est néanmoins contenté de ce crédit, sans faire de vagues. Mark de son coté, a eu du mal à le digérer. Son nom est totalement absent, hormis le fameux « écrit et produit par Prince & The Revolution » qui dans les faits ne rapporte strictement rien en terme de royalties aux musiciens, excepté Prince, qui est légalement enregistré à l’ASCAP (la SACEM américaine) comme auteur et producteur unique du titre. Il perçoit donc seul l’intégralité des droits liés à ce tube planétaire. Mark est à deux doigts de quitter The Revolution pour accepter une offre alléchante reçue de Stevie Nicks pour tourner avec elle (6 mois de tournée d’avril à octobre à 3,500 dollars la semaine). Mais il se laisse avoir par Prince qui lui promet qu’il fera de lui une star richissime. Résultat : Brownmark est caché sur scène pendant la tournée suivante par trois choristes-gardes du corps-pas vraiment danseurs, avec peu de moments pour briller en solo.

Wendy & Lisa ont elles aussi annoncé leur intention de quitter le groupe fin juillet. Elles savaient qu’elles n’allaient pas rester éternellement avec lui. Bien que « Purple Rain » ait fait d’elles des stars et qu’elles s’étaient vues accorder un rôle important dans la production et arrangements des morceaux, elles souffraient elles aussi du manque de reconnaissance dans les crédits. Ceux de « Parade », sorti quelques mois plus tôt, ne reflétaient pas non plus la réalité. Bien qu’elles soient créditées comme co-auteures pour « Mountains » et « Sometimes It Snows In April » à l’ASCAP, cette mention ne figure pas sur l’album. Cela fait croire au public et aux professionnels qu’elles ne sont que musiciennes et simples exécutantes alors qu’elles ne se limitent pas à cela et ont d’autres aspirations. Prince a dû envoyer en catastrophe Bobby Z. et Alan Leeds pour calmer le jeu et les convaincre de rester.

Le lendemain de l’enregistrement de « Forever In My Life », Prince s’envole vers Londres pour lancer le « Parade Tour ». Cette tournée a été mise en place rapidement pour accompagner la sortie de « Under The Cherry Moon », film qui a été un fiasco critique et commercial aux Etats-Unis. Les dates des concerts sont calées aux dates de sortie du film dans les villes visitées en Europe et au Japon. Ce sera la dernière tournée avec The Revolution.

  1. Crucial (Alternate Lyrics Version) (6:14)

A la fin du « Parade Tour », Prince passe le mois de septembre chez lui et commence à réfléchir à un autre projet cinématographique, absolument pas refroidi par l’échec de « Under The Cherry Moon » sorti quelques semaines avant. « Crucial », comme les deux chansons suivantes (« The Cocoa Boys » et « When The Dawn Of The Morning Comes ») était prévue pour un projet de film intitulé « The Dawn » qui s’est plus ou moins transformé en « Graffiti Bridge ». Ce titre a été publié en 1998 sur la compilation « Crystal Ball », mais trois autres versions avec des différences plus ou moins importantes existent sur des supports non-officiels. Celle qui est incluse dans ce coffret est une cinquième version, probablement antérieure aux quatre autres et inconnue jusqu’alors. Elle se distingue par ses couplets différents.

Prince s’était déjà essayé à cet exercice de réécrire complètement des couplets pour des chansons déjà mises en boite, notamment avec « Wendy’s Parade » (devenue « Christopher Tracy’s Parade ») et « Old Friends 4 Sale ». Il le refera occasionnellement dans les années 1990 sur des remixes, pour « Space » par exemple.

Dans les jours qui suivent, Prince enregistre la chanson « Shockadelica » après avoir écouté en avance une copie de l’album de Jesse Johnson qui porte le même nom et dont la sortie est prévue pour le dernier trimestre. Il la propose à Johnson, trouvant dommage que ce disque ne comporte pas de chanson avec ce nom qui sonne si bien. Johnson refuse poliment. Prince envoie alors ce titre à une radio locale pour qu’elle soit jouée immédiatement, avant la sortie de l’album. En faisant cela, il espérait parasiter Johnson pour que le public pense qu’il a volé ce néologisme. Il envoie aussi « Wouldn’t You Love To Love Me? » à Michael Jackson après avoir refusé de participer à la chanson « Bad », puis enregistre « Superfunkycalifragisexy ». L’album de Madhouse, « 8 », est conçu en moins d’une semaine entre fin septembre et début octobre.

  1. The Cocoa Boys (6:06)

On continue avec « The Cocoa Boys », un autre titre du film « The Dawn ». Le film était censé être un « West Side Story » moderne avec des affrontements entre bandes et les couplets dévoilent le scénario. Mazarati et The Cocoa Boys devaient être les noms de deux de ces groupes. Selon Tony Christian, un des membres de Mazarati, Prince avait prévu des rôles pour ce groupe signé à Paisley Park, à Micki Free de Shalamar, ainsi qu’à Tony Lemans et Lenny Kravitz. Prince fréquentait Micki Free depuis l’époque de « Purple Rain » (il est un de ceux qui est caricaturé dans le fameux sketch de Charly Murphy & Dave Chappelle) et avait un œil sur le jeune groupe Roméo Blue, composé de Tony Lemans et Kravitz. Lemans a été signé sur Paisley Park Records, mais Kravitz dit ne rien savoir sur ce projet de film dans lequel il aurait été inclus, à l’insu de son plein gré comme dirait l’autre!

Concernant la chanson plus spécifiquement, cette version bénéficie de l’apport des cuivres par rapport à ce que nous connaissions auparavant (quand on pensait qu’elle s’appelait « Coco Boys »). La version initiale conserve son charme puisqu’on y entend Prince chanter la mélodie qu’il souhaite pour les cuivres. Le son de synthé sera réutilisé sur d’autres titres enregistrés dans les mois suivants (« U Got The Look », « Eight » et « Nine » de Madhouse). Le beat reprend plus ou moins celui de « Shockadelica » enregistré quelques jours avant.

  1. When The Dawn Of The Morning Comes (6:17)

Dernier titre prévu pour « The Dawn », « When The Dawn Of The Morning Comes », avec ses airs gospels, était connue uniquement par son titre.

  1. Witness 4 The Prosecution (Version 2) (5:03)

« Witness 4 The Prosecution (Version 2) » est en fait la troisième version de ce titre (après la version initiale de Prince en solo, toujours inédite, et la deuxième version ‘révolutionnée’ incluse en « Version 1 » sur le premier volume des Vault Tracks). Cette dernière prise était connue depuis plusieurs décennies mais était altérée par un défaut de duplication. La version que nous avions grâce aux boots était légèrement accélérée (comme « Extraloveable » et quelques autres titres qui ne sont pas à la bonne vitesse), donnant à Prince une voix proche de celle de son alter-ego Camille. La version sur le Super Deluxe est évidemment à l’image des bandes qui étaient stockées à Paisley Park avant qu’elles ne fuitent et soient déformées. Cette prise n’était pas destinée à un projet particulier connu (peut-être pour Deborah Allen, qui a finalement eu droit à « Telepathy»), mais se serait parfaitement insérée dans le « Black Album ».

Le lendemain de l’enregistrement de cette chanson, Prince appelle Bobby Z. pour lui annoncer qu’il sera remplacé à la batterie au sein du groupe par Sheila E., plus apte à suivre ses futures orientations musicales. Il invite Wendy & Lisa à diner chez lui pour leur annoncer qu’elles sont maintenant libres de voler de leurs propres ailes. Il propose à Brownmark de rester, mais lassé, celui-ci préfère partir. Les relations avec Jérôme Benton se sont tendues depuis qu’il a osé ‘passer chez l’ennemi’. Il apparait en effet dans le clip « Control » de Janet Jackson, produit par les anciens membres de The Time qu’il a virés, Jimmy Jam & Terry Lewis, et avec lesquels il entretient une relation ambivalente. De l’équipe du « Parade Tour », Prince garde Matt Fink, Eric Leeds, Atlanta Bliss, Miko Weaver, Greg Brooks et Wally Safford. L’annonce de la fin de The Revolution est rendue publique dix jours plus tard, le 17 octobre.

  1. It Be’s Like That Sometimes (3:19)

Prince a souvent dit que ses chansons étaient ses enfants. En tenant compte de cela, on peut dire que « The Ball », « It Be’s Like That Sometimes » et « Eye No » sont des triplés, avec leurs propres marques de distinctions cependant. « It Be’s Like That Sometimes » était totalement inconnue des fans princiers jusqu’à ce que ce titre apparaisse dans le tracklist. Cette petite sucrerie funk était en effet passée sous tous les radars des chercheurs et des collectionneurs. Message à l’Estate : « Continuez, on en aura jamais assez ».

Disc 6: Vault Tracks part 3

Le troisième volume des Vault Tracks couvre la fin de l’année 1986 et le début de l’année 1987. La seconde version de « Big Tall », enregistrée en juillet ’87 est également présente sur ce disque ainsi qu’un remix de « Strange Relationship » réalisé par Shep Pettibone à une date inconnue pour le moment.  Sur les treize pistes, quatre sont des versions différentes de titres déjà présents sur les Vault Tracks 1 & 2 (pour éviter la redondance s’ils avaient été placés à la suite). 

Cette période est plus calme et se résume par l’enregistrement et/ou la finalisation d’un album simple (« Camille »), d’un album triple (« Crystal Ball », qui contient quelques titres de « Dream Factory » et « Camille » et de nouvelles chansons créées entre-temps), le troisième album de Sheila E. et le premier album de Jill Jones sur lequel il bosse depuis quatre ans. Non mais quel fainéant ! La Warner lui demande quand même de revoir son projet de triple album pour plusieurs raisons :

  • trop compliqué à fabriquer et packager,
  • trop cher pour le grand public,
  • même s’il a toujours son statut de superstar, ses ventes déclinent aux Etats-Unis (« Purple Rain » y a dépassé les 8 millions d’exemplaires en 1984, « Around The World In A Day » ne s’est écoulé qu’à 2 millions d’exemplaires en 1985 et « Parade » à 1 million en 1986). Sortir un tel projet, sous un autre nom qui plus est (Prince voulait sortir « Crystal Ball » sous le nom de ‘Camille’ aussi), risque de lui faire perdre encore plus de gens en route. Un double-album sous le nom de ‘Prince’ suffira.

Il forme un nouveau groupe mêlant des ex-Revolution et des membres du groupe de Sheila E., la seule nouvelle recrue dans son univers étant la danseuse Cat. Sa relation avec Susannah se dégrade et la rupture pointe le bout de son nez. Pour s’amuser, il enregistre des titres pour la soirée d’anniversaire de Sheila E. qui se retrouveront plus tard sur le « Black Album ». Peut-être pour s’amuser encore, ou se saboter volontairement, Prince répond de façon étonnante aux sollicitations d’autres artistes renommées (Joni Mitchell et Bonnie Raitt) et recommence à travailler avec Sheena Easton.

  1. Emotional Pump (4:59)

Joni Mitchell, chanteuse folk que Prince a pour idole depuis sa jeunesse, lui demande une chanson pour son prochain disque. Il lui concocte « Emotional Pump », un morceau pop-funk (pour la challenger ?) qui correspond peu à son style. Résultat prévisible : elle n’en fait rien. Après « Can I Play With U ? » et « Bad » plus tôt cette année, c’est la troisième fois que Prince laisse passer (volontairement ?) l’occasion d’offrir au public une collaboration avec un artiste vu comme une icône. Wendy & Lisa seront quant à elles bien présentes comme musiciennes sur l’album de Mitchell qui sort en 1988 (« Chalk Mark in a Rain Storm ») et qui aurait donc pu contenir une contribution princière.

« Emotional Pump » circule sur le net depuis quelques années à l’identique.

  1. Rebirth Of The Flesh (Original Outro) (5:28)

« Rebirth Of The Flesh » est un classique des bootlegs. L’Estate le sait bien, d’où l’insertion de la mention « (Original Outro) ». Prince n’avait sorti qu’une version enregistrée pendant une session de répétition, diffusée sur le NPGMC au début des années 2000. L’insertion de cette mention n’est donc pas pertinente puisqu’aucune autre version studio avec une fin différente n’a été publiée officiellement. S’agissant de cette outro, des questions risquent d’être soulevées sur l’authenticité du document, tant l’enchaînement est raté, peu fluide et semble avoir été collé à partir d’une source différente du reste du morceau. On peut citer quelques cas de ratés dans les mixes sur les albums de Prince (sur la chanson « Dream Factory » à 2’37 dans la compilation « Crystal Ball » par exemple). Mais le contexte peut faire naître un doute, après les retouches constatées sur « Originals » notamment.

« Rebirth Of The Flesh » fait partie d’une série de titres enregistrés à la même période (« Shockadelica», « If I Was Your Girlfriend », « Good Love », « Rockhard In A Funky Place », « Housequake » et des versions actualisées de « Feel U Up » et « Strange Relationship »), compilés par Prince pour un album qu’il souhaite sortir sous le nom de Camille (voir notre article dédié). Il change rapidement d’avis et décide de voir trois fois plus grand.

 

 

  1. Cosmic Day (5:39)

Pendant des années, avant qu’une portion de ce titre ne commence à circuler, « Cosmic Day » a joui d’une réputation de ‘morceau ultime’, légende entretenue par quelques happy fews qui l’avait écoutée et s’amusaient à le faire savoir sur des forums anglophones. Les avis sur ce morceau, lorsqu’il a été mis à disposition en intégralité sur Youtube par l’Estate, variaient entre ceux qui criaient au génie et ceux qui étaient déçus à la première écoute.

Les différentes recherches n’ont pas permis de déterminer pour quel projet ce titre était destiné. On sait juste que Prince a demandé à Clare Fischer d’y ajouter des parties orchestrales et que celles-ci sont absentes de cette version.

Dans les jours qui ont suivis, Prince a enregistré « Adore » (inspiré par les albums « Winner In You » de Patti Labelle et « Give Me the Reason » de Luther Vandross sortis en 1986) et « Play In The Sunshine ». Il retravaille également « It’s Gonna Be A Beautiful Night » en y ajoutant des couplets, un refrain et divers autres éléments. Le 30 novembre, il finalise le triple album « Crystal Ball » qui contient ces trois derniers titres, ainsi qu’une sélection de morceaux qui étaient prévus pour « Dream Factory » et « Camille », et des chansons enregistrées à d’autres occasions : 

1 : Rebirth Of The Flesh / Play In The Sunshine / Housequake / The Ballad Of Dorothy Parker / It / Starfish And Coffee / Slow Love / Hot Thing

2 : Crystal Ball / If I Was Your Girlfriend / Rockhard In A Funky Place / The Ball / Joy In Repetition / Strange Relationship / I Could Never Take The Place Of Your Man

3 : Shockadelica / Good Love / Forever In My Life / Sign O’ The Times / The Cross / It’s Gonna Be A Beautiful Night /Adore.

  1. Walkin’ In Glory (5:14)

« Walkin’ In Glory » est un des titres inconnus les plus surprenants de cette collection.

La fidèle ingénieure du son Susan Rogers dit que Prince a composé ce gospel au lendemain de l’enregistrement de « Bob George » créé, comme « Le Grind » et « 2 Nigs United 4 West Compton », pour qu’il soit joué à l’anniversaire de Sheila E. quelques jours plus tard. Il joue le rôle d’un psychopathe anonyme qui veut tuer un certain « Bob George », le manager de Prince, le « salopard maigrichon à la voix haut-perchée ». Le nom Bob George est la contraction de Bob Cavallo, un de ses managers de l’époque, et Nelson George, journaliste à Billboard magazine. Ce dernier, comme d’autres journalistes et personnalités noires, reprochait à Prince et d’autres artistes ayant fait le cross-over comme Michael Jackson et Whitney Houston, d’avoir oublié leurs racines afro-américaines en faisant de la musique pop et de s’être vendus aux blancs. Ces critiques devenaient de plus en plus persistantes après la sortie de « Sign O’ The Times », ce qui a conduit Prince à assembler des titres funk au goût de l’époque, pour montrer qu’il n’avait pas oublié ses racines et qu’il pouvait encore être pertinent sur ce terrain-là, à une époque où un groupe de Compton nommé NWA commence à faire sérieusement parler de lui avec son gangsta-rap virulent. On connait la suite. Quelques jours avant la sortie du « Black Album » fin 1987, Prince bloque le disque, prenant conscience que ce n’est pas la meilleure réponse à apporter aux critiques et qu’il n’a pas à s’en soucier de toutes façons. Il enregistre à la hâte « Lovesexy » qui marque pour lui une renaissance spirituelle et est un album gospel à sa manière. Étonnamment, cette prise de conscience fin 87 est une reproduction à grande échelle du cheminement ayant mené à la création de « Walkin’ Glory » un an auparavant. Pris de remords après avoir écrit les paroles menaçantes (avec un brin d’humour tout de même) de « Bob George », Prince veut se « racheter » et enregistre en « compensation » un morceau à la gloire de Dieu.

Au-delà de cet historique, la chanson est un de ces joyaux cachés dont Prince avait le secret. Il s’y donne corps et âme pour nous offrir un de ses meilleurs et trop rares morceau Gospel. La partie instrumentale provenant de « 2 Nigs United 4 West Compton », qui a lui aussi fini sa route sur l’album maudit, donne une saveur supplémentaire et déroutante à « Walkin’ In Glory ».

Suite au refus de la Warner de sortir le triple-album, Prince re-séquence « Crystal Ball », élimine des titres et en ajoute un qu’il vient tout juste d’enregistrer (« U Got The Look ») pour en faire un double-album. « Sign O’ The Times » devient la chanson titre, ouvre l’album et en sera le premier single. Il atteindra la troisième place du classement des singles pop aux Etats-Unis (derrière George Michael & Aretha Franklin avec « I Knew You Were Waiting » et Crowded House avec « Don’t Dream It’s Over »), et la première place dans les charts black. 

« U Got The Look », ultime titre enregistré en duo avec Sheena Easton pour « Sign O’ The Times » et inspiré par « Addicted To Love » de Robert Palmer, sera le single de l’album qui aura le plus de succès dans les charts (deuxième dans le classement pop, derrière « Bad » de Michael Jackson, et premier dans les charts black). 

  1. Wally (4:45)

« Wally » est un autre titre longtemps vu comme un Graal par les collectionneurs. Depuis que Susan Rogers a raconté à l’équipe du fanzine « Uptown » l’histoire de cette chanson, « Wally » était devenu ce que tout le monde voulait entendre avant de mourir. Rogers explique que Prince a écrit cette chanson suite à sa rupture avec Susannah. L’état de profonde tristesse dans lequel il était plongé et qu’il affichait dans le studio, ce qui était inhabituel, a créé une atmosphère particulière qui a sûrement influencé le jugement de Rogers sur ce morceau qu’elle décrit comme merveilleux. Dans les paroles, Prince se confie à son ami « Wally » (son garde du corps Wally Safford) et lui pose des questions, similaires à celles qu’il posait avec humour à « Billy » (Billy Sparks, un promoteur de Detroit également proche de Prince) sur un titre joué pendant une session de répétitions quelques années auparavant. Mais un autre événement marquant et inédit va se produire à la fin de la session, lorsque Prince demande à Rogers de tout effacer. L’ingénieure s’exécute à contrecœur, ne comprenant pas pourquoi une telle œuvre devrait disparaître à jamais. Prince a néanmoins réenregistré une version moins chargée en émotions de ce titre quelques heures plus tard.

Ce récit par Rogers, qui a vécu ce moment en direct, a donné à cette chanson un statut assez démesuré et généré une énorme attente. Celle-ci n’a pas été comblée lorsque la chanson a fuité il y a quelques années. Certes il s’agit de la seconde version, mais la décharge d’émotions attendue n’est pas là. Entre-temps sont nés des débats interminables sur la réelle destruction de la première version et l’existence potentielle d’une copie sur cassette introuvable mais que quelques-uns, qui préfèrent préserver l’anonymat, savent de ceux qui ont vu celui qui a vu celui qui a vu celui qui affirme qu’il l’a vue une fois quelque part mais il ne sait plus où et qu’elle existerait quelque part. Ce n’est pas un mauvais titre, mais son appréciation a été faussée par sa réputation gonflée par Internet.

  1. I Need A Man (5:33)
  2. Promise 2 Be True (3:37)
  3. Jealous Girl (Version 2) (4:52)
  4. There’s Something I Like About Being Your Fool (3:48)

Après l’avoir vue en concert à Los Angeles fin 1986, Prince propose à Bonnie Raitt, chanteuse country/blues et activiste politique, de travailler avec elle et de la signer éventuellement sur Paisley Park Records. Pour bien démarrer leur collaboration, il lui refile donc des vieux titres qu’il avait écrits pour un groupe de filles qu’il voulait produire, appelé « The Hookers » (les putes) et pour Vanity 6, un autre groupe de filles distinguées. Ceci étant dit, les paroles de ces chansons ont été revues pour être conventionnelles et sans propos scabreux mais n’ont peut-être pas la maturité qu’exige une artiste de ce calibre proche de la quarantaine.

Raitt avait peut-être besoin de Prince pour re-booster sa carrière et était elle-même en conflit avec la Warner. En avril 1987, elle pose sa voix sur ces chansons proposées par Prince mais le projet n’ira pas plus loin. Devant se préparer pour le « Sign O’ The Times Tour », il lui promet de revenir vers elle en juillet. Lassée et souhaitant rompre tout lien avec la Warner, Raitt laisse tomber. Il fera d’ailleurs part de son regret à ce sujet-là dans une interview en reconnaissant qu’il avait trop de projets en cours (sans blague ?) et qu’il n’a pas su s’organiser pour travailler correctement avec Raitt. Elle finira par sortir son album intitulé « Nick Of Time » en 1989 et ce, sans aucune participation de Prince. Cet album sera un triomphe critique, considéré d’ailleurs comme étant l’un des meilleurs albums de tous les temps selon les listings de journaux spécialisés, ainsi que commercial avec cinq millions d’exemplaires vendus en devenant numéro un des charts tout en se retrouvant couvert de récompenses. Encore un acte manqué de la part de Prince ? Pour boucler la boucle, Raitt enchainera avec « Luck of the Draw », un autre album tout aussi couronné de succès. Pourquoi en parler ? Tout simplement parce qu’il contient « I Can’t Make You Love Me », chanson qui sera reprise par de nombreux artistes dont Prince sur « Emancipation ».

Revenons sur « Sign O’ The Times Super Deluxe ». Seules « I Need A Man » chantée par Raitt et un extrait de « Jealous Girl » circulaient sur le Net. « Jealous Girl » est étiquetée « (Version 2) », on se demande où est la « Version 1 ». « 1999 Super Deluxe » contenait « If It’ll Make U Happy » aux accents reggae. C’est aussi le cas ici avec « There’s Something I Like About Being Your Fool », indiquant qu’il pouvait se tester sur ce genre musical sans nécessairement le rendre public. Il faudra attendre 1992 et « Blue Light » pour que Prince sorte une chanson dans ce style.

Prince a préparé ces titres pour Bonnie Raitt au moment où il répétait avec son nouveau groupe pour les concerts à venir. Le riff de cuivres sur « I Need A Man » a également été utilisé sur les versions lives de « Kiss ». C’est durant ces jours qu’il enregistre « La, La, La, He, He, Hee » et finalise « Sign O’ The Times » avec une séance photo pour la pochette. Le décor construit pour la pièce « Guys And Dolls » qui s’est jouée au Chanhassen Dinner Theatre a été emprunté pour cette session. Après les premiers pressages, la pochette a été corrigée pour le marché américain pour masquer une marque de cookies qui apparaissait sur un carton au dessus de l’épaule de Prince et éviter d’éventuels problèmes légaux. Cette « censure » a aussi été appliquée sur la réédition Deluxe.

La même semaine (en janvier) sort l’album « 8 » de Madhouse. Le disque éponyme de Sheila E. sort le mois suivant, en même temps que le single « Sign O’ The Times ». L’album sort le 31 mars, un an jour pour jour après « Parade » et s’écoule à un million d’exemplaires aux Etats-Unis (et sera disque d’or dans quelques pays européens dont la France). Les fans de Prince et de ses productions ont donc droit à trois albums en trois mois en ce début d’année 1987 ! Ce tour de force est comparable à ce qu’il avait accompli en 1982 avec les sorties successives des albums de Vanity, The Time et le sien (« 1999 »). Une quatrième livraison estampillée Paisley Park Records atterrit dans les bacs en mai avec l’album éponyme de Jill Jones.

 

Fin mars, la scène de Minneapolis domine le classement des charts blacks avec six morceaux classés parmi les dix premières places : deux compositions de Prince ( « Sign O’ The Times » et « 6 » pour Madhouse), un titre de Sheila E. (« Hold Me » écrit par Constance Guzman, Eddie Minnifield et Sheila E., produit par Sheila et David Z. Rivkin), deux morceaux composés et produits par Jimmy Jam et Terry Lewis (« Let’s Wait Awhile » pour Janet Jackson et « Keep Your Eye On Me » pour Herb Alpert). La chanson en tête de ce classement, « Looking For A New Love », est composée et produite par Jody Watley avec André Cymone et David Z. Rivkin. Les singles de Jill Jones qui sortent dans la foulée, malgré leurs grandes qualités, ne seront pas couronnés de succès.


L’album « Sign O’ The Times» quant à lui n’ira pas plus haut que la sixième place du classement des albums ‘pop’ aux Etats-Unis (derrière U2, Bon Jovi, les Beastie Boys, Poison et Paul Simon) et la quatrième place du classement des albums ‘black’ (derrière Luther Vandross, Freddie Jackson et Jody Watley).

« U Got The Look » sera nommée pour deux Grammy Awards en 1988 (meilleure chanson R&B – remporté par Bill Withers avec « Lean On Me » – et meilleure chanson R&B interprétée par un duo/groupe – remporté par George Michael & Aretha Franklin avec « I Knew You Were Waiting »). L’album sera nommé dans la catégorie « Meilleur album de l’année », mais perdra face au « Joshua Tree » de U2. Bono lui rendra hommage lors de son discours : « (…) nous nous sommes mis à faire de la musique, de la soul. C’est ce que voulait faire U2. C’était de la musique soul. Il ne s’agit pas d’être noir ou blanc, ni des instruments que vous jouez, ni du fait que vous utilisiez une boîte à rythmes ou non. C’est une décision de révéler ou de cacher. Sans ça, quelqu’un comme Prince ne serait rien de plus qu’un brillant chanteur et danseur. C’est ce qu’il est.. Mais il est bien plus que ça ». Prince en gardera un goût amer et déclarera dans une interview pour Rolling Stones qu’il n’ira plus aux cérémonies si c’est pour voir U2 gagner devant lui, alors qu’il peut reproduire leur musique et qu’ils sont incapables de faire un titre comme « Housequake ».

  1. Big Tall Wall (Version 2) (5:46)
  2. A Place In Heaven (Lisa Vocals) (2:45)
  3. Wonderful Day (12″ Mix) (7:34)

Voir les pistes 5,13 et 16 du disque 1

  1. Strange Relationship (7:07)

Dernier titre et dernière surprise de cette série d’inédits et versions inédites : un remix par Shep Pettibone de « Strange Relationship ». Pettibone était le remixeur en vogue à l’époque, sollicité par tous, dont Prince qui lui a demandé de remixer « Hot Thing » et « Glam Slam ». Seuls quelques-uns de ses fans savaient qu’un remix de « Strange Relationship » avait été fait par ses soins, mais personne ne l’avait entendu. Les versions ‘club’ que l’on connait de lui laissaient craindre le pire quand on a appris qu’il avait travaillé sur ce titre si particulier, avec le risque de le dénaturer et lui faire perdre de sa substance. Mais passés cette peur et l’étonnement, l’exercice est plutôt bien réussi et permet de conclure les Vault Tracks sur une note positive après ce long voyage musical.

En excluant « Soul Psychodelicide» et « Crystal Ball» qui ne sont que des versions raccourcies, ce coffret nous permet de découvrir 21 titres ou versions qui n’étaient pas disponibles auparavant en bootlegs ainsi que les versions complètes de près d’une demi-douzaine d’autres. Le reste est proposé avec une qualité supérieure à ce que nous pouvions avoir.

Et s’il y avait eu un Vault Tracks part 4 ?

Insatiables que nous sommes, nous ne pourrons pas nous empêcher de chercher ce qu’il manque à cette collection pour compléter ces 45 titres. En nous basant sur ce qui a été identifié à ce jour par les fans et chercheurs, on peut d’ores et déjà faire cette petite liste des enregistrements de 1986 qui ne sont toujours pas sortis officiellement. On constate qu’il ne manque vraiment pas grand-chose (de ce que l’on sait aujourd’hui sur le contenu du coffre).

  • Conversation Piece (instrumental avec Eric Leeds)
  • Nine (instrumental avec Eric Leeds different du Nine de Madhouse)
  • Euphoria Highway (instrumental)
  • Fun Love (chanson inédite)
  • Twosday (chanson inédite)
  • Boy U Bad (chanson ou instrumental inédit)
  • Frustration (chanson ou instrumental inédit)
  • Baby Doll House (instrumental inédit de Madhouse)
  • Ponyride (chanson ou instrumental inédit)
  • Susannah’s Blues (instrumental)

La sélection des versions alternatives est plus complexe car certaines auraient leur place sur d’autres éditions Super Deluxe (comme « Joy In Repetition » et la suite « Girl O’ My Dreams » / « Can’t Stop This Feeling I Got » / « We Can Funk »). On ne les connait évidemment pas toutes, mais on peut néanmoins citer « La, La, La, He, He, Hee », une version plus longue de « Shockadelica », « Make Your Mama Happy » et « U Got The Look » en version lente avant l’ajout du refrain avec Sheena Easton. D’autres morceaux pourraient être placés sur des suites potentielles de « Originals » comme ceux donnés à Jill Jones, Patti Labelle, Deborah Allen, Taja Sevelle, Sheila E…

Pour ceux qui penseraient que l’Estate a déshabillé Pierre pour habiller Paul en mettant dans le « Sign O’ The Times Super Deluxe » des morceaux qui auraient dû se trouver sur un « Parade Super Deluxe », rassurez-vous ; il y a encore suffisamment de matière et ce choix permet de laisser plus de place à d’autres titres que nous ne connaissons pas :

  • les morceaux enregistrés pour le projet « The Flesh »,
  • le score de « Under The Cherry Moon »,
  • les versions alternatives des titres de Parade (« Wendy’s Parade », « I Wonder U », « Kiss », les versions de « New Position » et « Sometimes It Snows In April » avec l’orchestre de Clare Fischer ….),
  • les chansons sorties par d’autres moyens (Empty Room, Splash…)
  • les inédits recensés (Go, Heaven, Others Here With Us, Tibet, U Got The Good Drawers, , Call Of The Wild, Stella And Charles, Killin’ At The Soda Shop, Rough, Living Doll, Polka-Dot Tiger, Married Man, Come Elektra Tuesday, Evolsidog, God Is Everywhere, My Sex, She Pony, Zebra With The Blonde Hair….).

Disc 7 & 8: Live à Utrecht- 20 juin 1987

34 concerts (et 5 aftershows) ont été donnés dans le cadre du « Sign O’ The Times Tour» qui a débuté le 8 mai et s’est conclu le 29 juin 1987. D’autres dates étaient planifiées mais ont été annulées pour diverses raisons : les concerts des 21 et 22 juin ont été donnés dans le stade Galgenwaard dans des conditions compliquées (fortes pluies). Par prévention, Prince a décidé de repositionner certains shows qui devaient se dérouler dans des stades espérant pouvoir jouer dans de grandes salles. Les deux concerts prévus au stade de Wembley ont été annulés seulement quatre jours avant, mais aucune salle n’était disponible dans un délai suffisant pour que Prince puisse jouer sur le territoire britannique. Les concerts italiens dans des stades à Rome et Turin ont été annulés pour les même raisons. Deux concerts dans la salle NEC de Birmingham ont été annoncés, mais les tickets n’ont jamais été mis en vente. Pour compenser ces annulations, Prince décide de filmer les derniers concerts de la tournée à Rotterdam et Anvers pour en faire un film qui sera diffusé dans des salles de cinéma puis vendu en VHS. Une tournée américaine a été évoquée, mais plus ou moins lassé par ce show et voulant passer à autre chose, Prince décide de ne pas se lancer.

Les concerts de cette tournée contenaient peu de variations entre eux, si ce n’est quelques chansons en plus à quelques rares occasions (« The Ballad Of Dorothy Parker », « A Love Bizarre », « Four » ou « Soul Salsa »). Les rares espaces d’improvisations étaient l’intro de « Hot Thing », la seconde partie de « Forever In My Life », les interactions avec le public et surtout le final de « It’s Gonna Be A Beautiful Night ». Les aftershows étaient plus libres, Prince et ses musiciens se laissant aller à de longs jams, reprises et interprétations de titres qui n’étaient pas inclus dans le répertoire de la tournée.

Pour ce coffret Super Deluxe, l’Estate a choisi le concert donné le 20 juin au Stade Galgenwaard. Celui-ci est considéré par ceux qui ont comparé les différents concerts comme un des meilleurs de la tournée, mais aussi un des plus longs avec une durée d’une heure et cinquante minutes. Il se distingue aussi par l’introduction aux percussions sur « Hot Thing », suivi de « Four » à la place de « Now’s The Time », et une interprétation étonnante de « Forever In My Life » avec une mélodie différente. Ce show existe en bootleg depuis plusieurs décennies en version ‘audience’ (enregistré par un ou plusieurs spectateurs).

Pour ceux qui n’ont jamais écouté de concert complet de cette tournée, l’introduction brutale à l’orgue de « Let’s Go Crazy » après l’extrait de l’intro (studio) de « If I Was Your Girlfriend » n’est pas une erreur sur la bande. Ce collage peu harmonieux était joué tel quel lors des concerts.

Concernant « Pacemaker », il s’agit d’un instrumental composé par Eric Leeds que Prince a repris pour « Rockhard In A Funky Place ».

Cette tournée a confirmé le succès grandissant de Prince en Europe et n’a reçu que des critiques élogieuses. Prince impressionne par sa capacité à se renouveler, à offrir des spectacles de cette qualité et toujours différents au fil des ans. Le « Sign O’ The Times Tour » a peu de choses à voir avec le « Parade Tour » qui s’était terminé moins de huit mois avant, que cela soit sur le répertoire, le groupe, le look, les décors et le show en lui-même.

 

  • Intro / Sign O’ The Times (5:36) / Play In The Sunshine (4:36) / Little Red Corvette (1:36) / Housequake (4:52) / Girls & Boys (4:16) / Slow Love (5:05) / I Could Never Take The Place Of Your Man (inclus : Pacemaker) (10:16) / Hot Thing (6:15) / Four (Inclus: Sheila E. Drum Solo) (6:11) / If I Was Your Girlfriend (5:17) / Let’s Go Crazy (6:10) / When Doves Cry (2:46) / Purple Rain (5:40) / 1999 (5:54) / Forever In My Life (13:12) / Kiss (3:33) / The Cross (7:44) / It’s Gonna Be A Beautiful Night (13:55)

 

Dans les années 80 et 90, les artistes de son calibre faisaient au minimum un an de promotion pour la sortie d’un album simple, sortaient au minimum quatre singles, faisaient des tournées sur au moins trois continents, multipliaient les clips et apparitions TV et autres cérémonies. Pour ce double-album sorti fin mars, Prince arrête la promo en novembre après la sortie du quatrième single (« I Could Never Take The Place Of Your Man »). Il est déjà passé à autre chose, la sortie du « Black Album » étant planifiée pour début décembre 1987.

DVD: Live à Paisley Park Studios, Chanhassen, MN 31 décembre 1987

Pour le DVD de l’édition Super Deluxe, l’Estate nous propose le mythique concert caritatif donné à Paisley Park le 31 décembre 1987. Il conclut une année chargée durant laquelle il a sorti un double-album, un film-concert après une tournée européenne, deux albums avec Eric Leeds sous le nom de Madhouse (et un court-métrage tourné à la va-vite, non-utilisé au final), l’album de Jill Jones sur lequel il a tout écrit, le troisième album de Sheila E. qui contient cinq de ses compositions et des titres à droite à gauche pour Taja Sevelle, Sheena Easton, Nona Hendryx, Deborah Allen, ainsi que d’autres titres en faces B pour lui, Madhouse et Jill Jones – soit plus de 50 chansons originales en tout. Ah oui ! Il a aussi annulé la sortie du « Black Album » en début de mois et a déjà enregistré la moitié de « Lovesexy » tout en travaillant avec Ingrid Chavez, sa nouvelle muse.

Les autres concerts filmés de la tournée européenne n’étaient probablement pas exploitables. C’est d’ailleurs pour cela que Prince a été contraint de retourner quasiment tout le show à Paisley Park pour le film « Sign O’ The Times ». Très peu d’images des vrais concerts ont pu y être intégrées, seul le son a été utilisé en totalité. Ce film ne pouvait pas être inclus dans ce coffret, l’Estate n’en ayant pas les droits. Ceux-ci sont en effet détenus par plusieurs compagnies à travers le monde depuis que Prince les a vendus en 1987, ce qui explique les multiples sorties à travers les années sous tous formats possibles et imaginables, de plus ou moins bonne qualité.

Seulement la moitié de ce concert pour le nouvel an était disponible sur le marché parallèle des DVD pirates et sur le net. Ce show incroyable,qui contient de nombreuses différences dans la setlist par rapport à la tournée européenne, est le premier que Prince a donné à Paisley Park inauguré officiellement quatre mois auparavant. C’est aussi l’unique occasion de le voir avec Miles Davis sur scène pendant le final fantastique de « It’s Gonna Be A Beautiful Night ».

Sign O’ The Times / Play In The Sunshine / Little Red Corvette / Erotic City / Housequake / Slow Love / Do Me, Baby / Adore / I Could Never Take The Place Of Your Man / What’s Your Name Jam (Data Bank) / Let’s Pretend We’re Married /Delirious / Jack U Off / Drum Solo / Twelve / Hot Thing / If I Was Your Girlfriend / Let’s Go Crazy / When Doves Cry / Purple Rain / 1999 / U Got The Look / It’s Gonna Be A Beautiful Night / Chain Of Fools.

 

It Ain’t Over….

Prince reprend sa carrière ‘solo’ comme il l’avait terminée cinq ans plus tôt, avec un double album, mais la majeure partie des titres figurant sur l’album « Sign O’ The Times » a été créée avant la séparation de The Revolution. Seules « Play In The Sunshine », « Housequake », « U Got The Look », « If I Was Your Girlfriend » et « Adore » ont été faites après le départ de Wendy & Lisa (à partir d’octobre 1986). Leurs contributions sur « Slow Love » et « Strange Relationship » ont été conservées, et la prise live de « It’s Gonna Be A Beautiful Night » constitue le dernier enregistrement connu avec ce groupe au grand complet. Les trois albums sortis avec eux (« Purple Rain », « Around The World In A Day » et « Parade ») sont vus comme des classiques et font partie de ses plus grands succès commerciaux. Les apports de Wendy & Lisa à l’enrichissement de ces œuvres sont indéniables, mais la fin du groupe ne signifie pas pour autant la fin de leur collaboration.

Le silence n’est pas un oubli

Prince a souvent été décrit comme lunatique. Trois jours après l’annonce de la séparation avec The Revolution, Prince et Wendy montent ensemble sur la scène du palace à Hollywood, le lundi 20 octobre, pour chanter « Manic Monday » avec les Bangles. Cela sera leur dernière apparition publique ensemble cette année-là, et la rupture a été moins radicale que ce que l’on pourrait imaginer. Malgré les tensions, les disputes et les rancœurs, Prince a continué d’entretenir une relation artistique ou personnelle avec chaque membre du groupe, dans les années, voire les décennies qui ont suivies. Il a cependant vu d’un mauvais œil la reformation du groupe au début des années 2010 allant même jusqu’à faire retirer une de leurs vidéos de Youtube où ils interprétaient « Mountains » sans lui pendant une session de répétitions. Sur disques, les interactions et signaux envoyés entre eux ou vers le public pour attirer l’attention ne manquent pas. Prince participe avec Levi Seacer (qui a remplacé Brownmark à la basse dans le nouveau groupe) au second album de Brownmark, « Good Feeling » sorti en 1989, à travers le titre « Shall We Dance » et en posant sa voix sur un autre (« Bang Bang »). Levi participe également à « River Run Dry », l’unique album solo de Bobby Z. mixé à Paisley Park, avec l’appui de Matt Fink et Eric Leeds. Le morceau titre est une reprise de la chanson que Bobby Z. avait composé pour The Family. Comme le monde est petit, Bobby produit en partie le premier album solo de Wendy & Lisa sorti en 1987.

Les liens discographiques entre Prince, Wendy & Lisa ont été quant à eux plus nombreux. Le premier album du duo contient des chansons qu’elles ont enregistrées à l’époque où elles étaient encore membres de The Revolution quand Prince les laissaient faire ce qu’elles voulaient en studio. Un titre retient particulièrement l’attention : « Song About » dans laquelle elles parlent de lui et évoquent la séparation (« It makes me want to cry / Thinking about you / « Beautiful » you said / The way you shook your head / So strange, that no one stayed at the end of the parade »). « In This Bed I Scream » sur « Emancipation » est la lettre de Prince à Wendy et Lisa et semble être comme un écho à cette chanson. L’année suivante, en 1988, il les fait monter sur scène avec lui à l’occasion d’un aftershow et d’un concert du « Lovesexy Tour », et propose ses services pour remixer leur titre « Lolly, Lolly » qui sera inclus sur leur prochain album. « Lolly, Lolly (according to Prince) » sortira en single en 1989. Comme dit plus haut, « Eroica » contiendra « Visions » sous le nom « Minneapolis #1 ». De son coté, Prince continue de publier des chansons sur lesquelles elles ont travaillé, en conservant leurs apports alors qu’il aurait pu choisir de les retirer ou les remplacer, mais sans forcément les créditer. C’est le cas de « Neon Telephone » donné au groupe Three O’Clock et sur laquelle elles font les chœurs en 1988. Les claviers de Lisa et la guitare de Wendy ont été conservés sur les versions de « Chocolate » et « We Can Funk » datées de 1983 pour les sorties de « Pandemonium » de The Time et « Graffiti Bridge » en 1990. En 1993, il place « Power Fantastic » sur The Hits/The B-Sides en omettant encore une fois de préciser que la musique a été composée par Wendy & Lisa. Outre « In This Bed I Scream », on trouve sur « Emancipation » le poignant « The Love We Make » dédié à Jonathan Melvoin, frère de Wendy et musicien également (il joue sur « Around The World In A Day ») décédé par overdose pendant qu’il était en tournée avec les Smashing Pumpkins. De leur côté, Wendy & Lisa sortent leur quatrième album, également dédié à Jonathan, sous le nom de « Girl Bros ».

Les fans nostalgiques ont eu une lueur d’espoir lorsque Prince a fait savoir qu’il allait travailler sur un album de Prince & The Revolution en exhumant des titres de son coffre. Il a complété cette annonce par « le groupe n’a pas besoin d’être reformé pour ça » mais a quand même sollicité Wendy & Lisa. Ce projet intitulé « Roadhouse Garden » (qui semble aussi être le nom d’un autre projet des années 1980 dont les contours sont encore flous) devait notamment contenir « Witness 4 The Prosecution », « Splash » et « Roadhouse Garden ». Mais comme des dizaines d’autres albums, il restera dans le coffre, laissant la place aux regrets (« Splash » sera quand même diffusé via le NPGMusicClub en 2001).

L’effort de paix

Il faut attendre les années 2000 pour revoir Prince avec des membres de The Revolution sur scène. Le public de la première Celebration a eu la surprise de voir Bobby Z. à la batterie, Brownmark à la basse et Matt Fink aux claviers pour accompagner Prince sur « America » au Northrop Auditorium de Minneapolis le 13 juin 2000. Si sur scène tout semble s’être bien passé, les rapports étaient plus tendus en coulisses entre Bobby Z. et Prince. Ce dernier, qui vient d’adhérer aux préceptes des Témoins de Jehovah sous l’influence de Larry Graham, se serait lancé dans une tirade étrange sur les Juifs. Cerise sur le gâteau, il lui annonce le plus simplement du monde qu’une reformation de The Revolution ne sera possible qu’une fois que Wendy & Lisa auront tenu une conférence de presse pour renier leur homosexualité et regretter ce mode de vie ! Il faut noter que Prince critiquait déjà leurs orientations sexuelles dans les années 1980 avec des phrases comme « vous allez pourrir en enfer à cause de ça ». Ce chaos laisse place à l’harmonie lorsqu’il apparaît sur un plateau TV en 2004 seul avec Wendy pour interpréter une version magnifique de « Reflection ». Il recommence à travailler en studio avec Wendy & Lisa sur des titres qui finiront sur l’album « Planet Earth » et donne quelques représentations avec elles (les Brit Awards de 2006 et quelques concerts où Wendy sera invitée), mais ils n’iront pas plus loin, publiquement ou sur disques du moins.

De leurs côtés, les membres de The Revolution se sont réunis entre eux à quelques reprises dans les années 2000 pour des concerts caritatifs (en 2003 pour le Family Jamm et en 2012 pour l’association « Purple Heart » fondée par Bobby Z. après qu’il ait failli succomber à une crise cardiaque). Prince ne les a jamais rejoints (la rumeur dit que le soir de leur concert au First Avenue en 2012, Prince était resté dans sa voiture devant la salle).

 

On en parle sur le forum 

Sources:

Princevault.com

Per Nielsen : Dance Music Sex Romance: Prince: The First Decade

Alex Hahn : The Rise And Fall Of Prince

Rolling Stone – 18 octobre 1990