une critique qui ne m'a pas donné de l'ecouter, bien que j'ai adoré ce groupe
A-Ha : "Analogue"
On ne peut pas être et avoir été
lundi 5 décembre 2005, par Marc Durant
Ici rien d’indécent, tout est propre, aucune vieille odeur de sueur, ça sent le frais, le savon naturel et les grands espaces blancs norvégiens. Fournisseurs de ballades parfaites ou d’hymnes pop depuis maintenant une vingtaine d’années (ça ne va pas nous rajeunir, tout ça), A-Ha est toujours resté le plus célèbre groupe norvégien (avouons qu’ils ne sont pas des masses) mais aussi le plus difficilement classable. Certains voient en eux les débuts des boys band, avec une pop destinée à faire hurler les adolescentes, d’autres les considèrent comme un véritable groupe pop de qualité, qui dure depuis maintenant 20 ans et qui sera encore en place dans quelques années, ce qu’aucun boys band n’a jamais réalisé, admettons-le. Dire "ils reviennent" serait ne pas connaître le groupe, car cela voudrait dire qu’ils sont partis, et qu’ils font un come-back mercantile, ce qui n’est pas le cas. Ils sont restés discrets mais présents.
Il est toujours un peu difficile pour un groupe (norvégien qui plus est) ayant eu du succès dans les années 80 de revenir sur le devant de la scène sans une flopée de critiques formulées à raison ou non. La durée agace, surtout dans le monde souvent artificiel qu’est la pop. Car sans que ce soit forcément prouvé, le milieu de la pop jouit d’un moins grand sérieux que le rock pur et dur, qui, lui, revêt déjà une authenticité plus marquée, même si les contre-exemples ne manquent pas. Pour le cas de A-Ha, leur parcours ne souffre d’aucun compromis et ils sont à mes yeux un des modèles du genre, un groupe pop qui dure par la force et la qualité de ses chansons. Maintenant, ce dixième album tient-il ses promesses et relancera-t-il la carrière du groupe sur le plan international ? Car, en signant avec Universal, ils n’ont pas droit à l’erreur.
Catapultés au milieu des années 80 avec leur tube Take on me, ils deviennent un peu le groupe incontournable des eigthies, enchaînant Hunting high and low, une ballade parfaite, The Sun always shines on TV, I’ve been losing you, Cry wolf et même le titre d’un James Bond, The living daylights. C’est en 1993 avec l’excellent Memorial beach, leur album le plus sombre, qu’ils décident de faire une pause et de travailler chacun de leur côté. Morten Harket, le chanteur, sort alors un album solo d’une réelle qualité. Quant à Pål Waaktaar, qui signe la plupart des compositions du groupe, il fonde le groupe Savoy. Mags, claviériste, ne fera que des participations à quelques projets plus expérimentaux, avant de sortir cette année même un album solo de très bonne facture.
C’est en 2000 qu’ils se décident à revenir sous A-Ha, avec Minor earth major sky, suivi en 2002 de Lifelines et en 2003 d’un live. Universal les signe en 2004, et ils ont pour mission de placer la barre plus haut, de sortir un album qui fera date et confirmera leur statut supposé de meilleur groupe des années 80.
Fan de la première heure, j’aimerais pouvoir dire tout le bien que je pense de cet album, mais malgré ma profonde sympathie pour le trio, mon sentiment est relativement mitigé. Peut-être habitué à trouver des morceaux parfaits de bout en bout de leurs albums, et surtout des premiers, j’ai sans doute du mal à accepter une quelconque faiblesse de leur part. C’est l’inconvénient d’être très bon : il faut le rester, car le sens critique du public est impitoyable. Si leur premier single, le fringuant Celice, a un pouvoir séducteur, voire addictif très fort, il n’est pas forcément représentatif du reste de l’album, plus en nuances où on a parfois l’impression d’avoir perdu A-Ha en cours de route. Rien à dire du Don’t do me any favours qui reste un morceau fort, entraînant, avec une rythmique peu éloignée de ce qu’ils faisaient en 85, ni de Cosy prison, une ballade où un piano accompagne un Morten plein de mélancolie. Les choses se compliquent avec Analogue, pourtant chanson titre de l’album : si le début en est intéressant, le reste donne l’impression de s’enliser dans un côté mielleux pop FM dont les musiciens auraient pu se détacher. Le reste n’est pas meilleur : Birthright reste un peu tiède. Holyground, à la base une démo pour le prochain solo de Morten Harket, se retrouve ici avec un arrangement qui n’est pas des plus heureux. Over the treetops sonne résolument très Beatles sans évidemment en avoir le talent, tout comme Halfway through the tour... Ainsi de suite jusqu’à The Summers of our youth, dernier morceau, ballade un peu poussive et inégale.
Il est toujours difficile de critiquer ce qu’on a aimé, mais tel est le constat, le mien en tout cas. Analogue est en-deçà des espoirs que l’on avait. Comparé aux autres albums du groupe, il est à la traîne. Si la voix de Morten reste extraordinaire, elle ne s’exprime pas pleinement sur ce disque. Musicalement, on ne constate aucune réelle prouesse : malgré un excellent travail sur ce plan par le passé, on reste ici à un niveau tout juste acceptable. Si le groupe semble incapable de faire un album destiné à être jeté à la poubelle, il semble aujourd’hui capable de pondre un disque bon à prendre la poussière sur l’étagère.
ceci dit il y a des réactions a cet article qui disent que c'est pas si mal ici :
http://www.pop-rock.com/article.php3?id_article=1287