Le claviériste Ricky Peterson sort un album, Drop Shot, le 14 septembre 2018. Pour ce cinquième album solo, Ricky Peterson est accompagné par Bob Mintzer (ancien collaborateur de Jaco Pastorius) et le big band WDR de Cologne. Comme tous ses albums précédents, Drop Shot est une collection de morceaux souvent instrumentaux tirant vers le smooth jazz, le blues, la soul et le funk. Celui-ci a la particularité de ne contenir quasiment que des reprises de ses propres morceaux (dont une nouvelle version de Drop Shot, composé avec son frère Paul Peterson, Michael B. et Sonny T. de son dernier album Souvenir),  de classiques (de Sly Stone et Bobby Caldwell) et une réinterprétation de Sexy M.F.

 

Ricky Peterson, Prince et Paisley Park

Pour ceux qui sont familiers des notes de pochettes des albums de Prince, le nom de Ricky Peterson n’est pas un inconnu. Issu de la prestigieuse famille musicale Peterson (voir notre article ici), Ricky a une longue carrière de musicien, producteur et compositeur derrière lui, dont de longues collaborations avec Ben Sidran et David Sanborn. Il était un des hommes de confiance de Prince dans les années 90 et a participé à plusieurs de ses projets. Etant de la même génération que Prince, André Cymone, Jimmy Jam, Terry Lewis et Morris Day, il a lui aussi fait partie d’un de ces groupe d’adolescents qui animaient les villes jumelles (Minneapolis-Saint-Paul) dans les années 70. Ricky a rencontré Prince alors qu’ils n’étaient qu’adolescents au studio Sound 80 et s’est vu proposé le poste de claviériste au sein de son premier groupe. Mais il décline cette offre prétextant qu’il ne pourrait pas tenir les conditions posées par Prince : être ponctuel ne pas boire. Prince engagera Matt ‘Dr‘ Fink à la place. En plus d’avoir été le premier à lui avoir dit « non », Ricky Peterson a été un des rares à pouvoir se permettre de parler franchement à Prince en lui disant des choses comme « Eh Prince, j’ai écouté ton dernier album, j’ai été déçu. Tu n’es plus aussi funky qu’avant dis-donc !» sans que celui-ci ne tourne les talons et ne lui en tienne rigueur. Au contraire, Prince lui a confié de nombreux projets dans les années 90, Ricky Peterson devenant un des producteurs attitrés de Paisley Park Records, au même titre que Levi Seacer Jr et David Z. Lorsque des artistes voulaient avoir le son de Minneapolis et Paisley Park sur leurs albums et que Prince ne pouvait pas travailler avec eux, ils étaient pris en charge par ces producteurs (ça a été le cas par exemple pour des artistes aussi variés que les Pointers Sisters, Fine Young Cannibals et Angelique Kidjo).

Ricky a pris en charge partiellement ou en quasi-totalité les albums de Phil Upchurch et de George Benson enregistrés à Paisley Park (Whatever Happened To The Blues et Love Is Strange pour Upchurch et That’s Right pour Benson), l’album des Steeles (Heaven Help Us All), et ceux de Jevetta Steele (Here It Is), Rosie Gaines (Closer Than Close), notre France Gall nationale (France en 1996) sans oublier l’incontournable deuxième album de Mavis Staples sur le label Paisley Park (The Voice, sorti en 1993).

Mais la confiance de Prince allait au-delà puisque Ricky Peterson a été le premier à avoir été autorisé à coproduire réellement des titres pour Prince et être crédité en tant que tel, avant Kirk Johnson et Joshua Welton. La chanson de Prince la plus emblématique sur laquelle Ricky a travaillé est The Most Beautiful Girl In The World, mais leur étroite collaboration ne s’est pas arrêtée là puisqu’elle s’est poursuivie sur Come (Letitgo), The Gold Experience (We March, 319, I Hate U, Gold), Emancipation (Saviour, Sex In The Summer) et des titres qui se sont retrouvés sur Crystal Ball (les crédits ne sont pas détaillés mais on peut sentir sa touche sur Goodbye et She Gave Her Angels) et The Vault….Old Friends 4 Sale (5 Women). Il n’hésite pas à ajouter des parties instrumentales (synthés) à ces compositions, faisant de lui une sorte de sixième membre des NPG de cette époque en studio A ces titres, on peut également ajouter Love Sign et des chansons pour d’autres artistes de NPG Records (If I Love U 2night pour Mayté, A Woman’s Got To Have It pour Nona Gaye sur la compilation 1-800-New-Funk, Betcha I, I Remember U et Don’t Talk 2 Strangers pour Chaka Khan (album Come 2 My House) et Just B My Lady de Larry Graham pour son album GCS 2000.

Petit détail intéressant, Ricky a été l’artisan de la réconciliation entre son frère Paul (St Paul) et Prince : Quand il produisait des albums dans les studios de Paisley Park, Ricky invitait Paul à jouer de la basse sur de nombreux morceaux. C’est ainsi qu’après son départ fracassant de The Family en 1985 que Prince a eu du mal à digérer, nous avons eu la surprise de voir le nom de Paul Peterson crédité sur les albums de Mavis Staples, Howard Hewitt et surtout en tant que bassiste sur Love Sign, marquant l’unique « collaboration » entre les deux artistes sur un titre sorti sous le nom de Prince.

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Parallèlement à cela, Ricky Peterson sort 4 albums dans les années 90 (Night Watch, Smile Blue, A Tear Can Tell et Souvenir) sur le label Go-Jazz sur lesquels participent son frère Paul, Michael B., Sonny T., Levi Seacer Jr, Eric Leeds, les NPG Hornz, les Steeles et Margie Cox. Drop Shot peut déjà être précommandé en CD et vinyle sur les sites habituels comme Amazon et la Fnac.