CITIZEN KANE(1941) et LA SPLENDEUR DES AMBERSON(1942), les deux premiers films d'Orson Welles.


CITIZEN KANE,film le plus souvent cité comme le plus important de l'histoire du cinéma.
LA SPLENDEUR DES AMBERSON,qui est tout à la fois le positif et le négatif du film précédent,malgré son statut de film "maudit" dû aux amputations dont il a été la victime.
Ces deux films font,depuis une vingtaine d'années,partie de mes films préférés mais,ayant usé jusqu'à la corde mes vieilles VHS,je les ai rachetés récemment en DVD.
Avec CITIZEN KANE,Orson Welles avait réalisé un film-somme,un film qui résumait 45 ans de cinéma.On y retrouve presque tous les genres cinématographiques ayant existé à l'époque.CITIZEN KANE,c'est à la fois un film-enquête,un film fantastique,un film noir,une comédie musicale,un drame,un film comique, etc...Welles s'amuse même à parodier les actualités cinématographiques de l'époque.Il n'y a bien que le western qui ne me semble pas représenté dans le film.
Pour son premier film,Welles ouvre son beau coffre à jouets et décide de s'amuser avec presque tous les "jouets" cinématographiques mis à sa disposition,y compris les moins habituels.Emploi du grand angle,plongées,contre-plongées(on construira des plafonds en studio),plans courts,plans longs,plans-séquence,montage dans le plan,surcadrage,etc.,tout y passe.Orson Welles réhabilite surtout le travail sur la profondeur de champ,oubliée aux USA depuis le milieu des années 20 avec le triomphe du cinéma de studio hollywoodien genre (je caricature:l'éclairage principal est sur la ou les star(s) à l'avant-plan tandis que l'arrière-plan est inexistant ou flou).Même si quelques années auparavant en France,Jean Renoir avait lui-aussi fait mumuse avec la profondeur de champ pour LA REGLE DU JEU(1939) notamment,c'est bien Welles le responsable de sa réhabilitation aux USA.Au niveau sonore,Welles,qui n'a pas oublié son passé récent d'homme de radio,innove aussi:chevauchement des dialogues, réverbération, etc...Pour l'une des premières fois,la notion de plan sonore est poussée aussi loin.
Mais malgré toutes ces innovations sur la mise en scène et la complexité de sa structure narrative en boucle,et peut-être à cause de celles-ci,il n'est pas interdit de préférer, à CITIZEN KANE,LA SPLENDEUR DES AMBERSON (c'est mon cas),dont le récit est plus linéaire et la mise en scène plus fluide.En effet,CITIZEN KANE peut apparaître,aux yeux de certains,comme une oeuvre un peu intellectuelle,trop construite et finalement moins émouvante que LA SPLENDEUR DES AMBERSON.
Malheureusement,LA SPLENDEUR DES AMBERSON reste un film "maudit" car il a été en partie remonté,après une première projection publique désastreuse,sans l'accord de Welles parti filmer un documentaire en Amérique du Sud(IT'S ALL TRUE,film lui-aussi "maudit" car inachevé).LA SPLENDEUR DES AMBERSON devait durer environ 2H et ne fait plus aujourd'hui qu'1H25.La fin de Welles a été purement et simplement éliminée et remplacée par une scène se déroulant dans un couloir d'hôpital ,tournée à la va-vite et dont le style de Welles(profondeur de champ notamment) est totalement absent.Même si tout cela a empêché LA SPLENDEUR DES AMBERSON d'avoir l'aura de CITIZEN KANE,il n'en demeure pas moins que,malgré les amputations(notamment la scène du bal qui était à l'origine presque un plan-séquence virtuose),la première heure du film enchaîne les moments d'anthologie.Orson Welles n'a rien oublié des innovations sur la mise en scène de CITIZEN KANE et laisse par exemple libre cours à son obsession du plan-séquence.Mais dans LA SPLENDEUR DES AMBERSON,la majorité des plans-séquence s'appuie sur la fixité de la caméra et impose ainsi une continuité temporelle presque "proustienne" basée sur la mélancolie et le temps qui passe inexorablement.On est donc ici assez loin de la prouesse technique du plan-séquence d'ouverture de LA SOIF DU MAL(1958) du même Orson Welles avec ses mouvements de caméra virtuoses.Pour exemple,le plan-séquence fixe sur le visage du Major Amberson,éclairé par un feu de cheminée,qui répond aux voix hors-champ de George Minnafer Amberson et de l'oncle Jack,avant de philosopher sur la mort qui approche,est d'une beauté indicible.Savoir que l'acteur jouant ce rôle est décédé que quelques mois après la fin du tournage,ne rend cette scène que plus poignante.
Avec CITIZEN KANE(1941) et LA SPLENDEUR DES AMBERSON(1942),presque tous les thèmes et obsessions Wellessiens sont déjà clairement affirmés:l'Enfance,le Paradis Perdu,la Perte de l'Innocence,l'Amitié Trahie,le Progrès(dans LA SPLENDEUR DES AMBERSON,l'ère industrielle de la Nouvelle Amérique symbolisée par Eugene Morgan et sa drôle d'automobile vaut-elle mieux que l'Ancienne Amérique symbolisée par le pseudo-aristocrate George Minnafer Amberson et son traineau?),le Pouvoir et la Loi ("un homme peut-il et surtout a-t-il le droit de se substituer à la Loi le cas échéant ?" est la question fondamentale que pose Welles dans LA SOIF DU MAL).
Vous l'aurez deviné

:je suis un grand fan d'Orson Welles(je pourrais en parler pendant des heures) qui est largement un de mes 5 cinéastes préférés et je vous conseille fortement d'aller voir ou revoir CITIZEN KANE,LA SPLENDEUR DES AMBERSON et pourquoi pas aussi,tous les autres films de ce cinéaste majeur.